Dans les couloirs austères de l’hôtel de ville, il paraît étrangement seul. Pendant que ses collègues se disputent une élection communale d’autant plus tendue qu’elle ne distribuera plus que neuf places à l’exécutif contre quinze auparavant, Marcel Maurer œuvre aux dossiers qu’il espère boucler avant la fin de sa deuxième et dernière législature. Depuis l'annonce de son retrait, il travaille «plus sereinement que jamais».

Il y a quelques jours, il a transmis son projet de liaison plaine-montagne à l‘Office fédéral des transports pour solliciter une concession. En reliant la gare de Sion aux pistes de ski de Veysonnaz et des quatre Vallées, ce téléphérique entend faire de la ville une destination touristique hivernale. Tout occupé à ses projets, il prend difficilement du recul. Dans son phrasé particulier, à la fois doux et déterminé: «En huit ans, nous avons pu faire plus de choses que ce que j’avais imaginé».

Une victoire historique

Premier président non démocrate chrétien de la capitale du canton, le libéral radical incarne l’affaiblissement du parti majoritaire dans le Valais central. Peu après sa victoire historique, il avait fait l’objet d’une plainte pénale déposée par les conseillers municipaux PDC dans une affaire immobilière. Elle a rapidement été classée, et il a ensuite été réélu sans contestation. Aujourd’hui, même pour les élus conservateurs, «il a démocratisé le débat politique» et «il a changé la perception que les citoyens ont de la fonction».

Il n’a pas su quitter le rôle d’hyperprésident qu’il a hérité du passé

Libéral et sensible à l’écologie, longtemps reconnaissable à son vélo électrique, Marcel Maurer passe pour l’édile qui a su régler les dossiers oubliés. Pour le municipal socialiste Florian Chappot, «il a mis fin à l’hégémonie démocrate chrétienne, mais il n’a pas su quitter le rôle d’hyperprésident qu’il a hérité du passé». En Valais plus qu’ailleurs, le président bénéficie d’un important pouvoir réel et symbolique. L’intéressé acquiesce: «Je ne suis pas un dictateur, mais la ville a besoin d’un patron qui décide».

L’homme qui a transformé la ville

Ces dernières années, le cœur de Sion s’est progressivement mué en zone de rencontre. Au nom de la mobilité douce, la circulation est désormais restreinte dans une vieille ville réservée aux terrasses. Dans la mémoire collective, Marcel Maurer restera comme l’homme qui a métamorphosé la cité. Sa politique a même été consacrée par le prix wakker, qui récompense la revalorisation patrimoniale. Pourtant, ces grands projets urbains ont souvent été initiés par ses prédécesseurs démocrates chrétiens. Lui a su les réaliser, et en imaginer d’autres.

Dans tous les partis, on lui reconnaît l’art de donner les impulsions nécessaires dans les instants-clés. Ingénieur en électricité, il aime rappeler sa contribution au campus energypolis, qui devrait bientôt permettre la cohabitation d’un millier de spécialistes de l’énergie issus de l’EPFL et de la haute école spécialisée de Suisse occidentale. Habile communicant, il retient «un état d’esprit» plus que des réalisations: «Je crois avoir rendu les gens fiers de leur ville».

La meilleure réponse, ce sont les nombreux projets que j’ai réalisé

Au sein de l’exécutif, même ses adversaires dressent un bilan globalement positif. Mais en campagne, ils savent tous trouver les faiblesses des deux mandats du président. Alors que l’armée de l’air s’apprête à déserter Sion, le municipal UDC Cyrille Fauchère juge que «Marcel Maurer a délaissé l’aéroport au profit de projets urbanistiques plus médiatiques». Pour le démocrate chrétien Christian Bitschnau, «sous sa présidence, les comptes ont souffert et Sion a creusé son endettement».

Fils de pilote, le président défend «un attachement particulier à l’aéroport», et une «situation financière saine», même après une indispensable recapitalisation de la caisse de pension du personnel. Aux élus qui lui reprochent parfois de multiplier les études avant d’agir, il rétorque, agacé: «La meilleure réponse, ce sont les nombreux projets que j’ai réalisé».

Un héritage intimidant

Avec son parti, Marcel Maurer a soigneusement préparé une succession qu’il définit comme «un défi et une responsabilité». En décembre dernier, l’annonce de son retrait a surpris tout le monde, et pris de court les démocrates chrétiens. Pour reconquérir la capitale, ils ont lancé sept candidats dans la course, sans qu’une personnalité n’émerge vraiment pour l’instant. Après le premier tour agendé à ce dimanche, le mieux élu pourrait contester la présidence au PLR.

Seul papable à avoir déclaré son intérêt jusqu’ici, l’encaveur libéral radical Philippe Varone reste le favori des élections communales. Héritier naturel du président, le commerçant espère «valoriser ce que l’ingénieur a construit». En plaidant pour la représentation de tous les partis minoritaires au sein d’un exécutif réduit de six membres, il martèle le discours de la continuité: «Je souhaite prolonger la dynamique d’un président qui s’est distingué par une gestion transparente et participative».

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