C'est à l'abbé Crettol, «riverain de l'aéroport de Sion pendant quarante ans», qu'est attribuée la fameuse phrase: «A quoi sert de défendre un pays que l'armée rend inhabitable?» Sentence dûment rappelée hier par l'écrivain Germain Clavien, président de l'association anti-F/A-18 «Ras-le-bol», qui annonce une manifestation bruyante pour saluer la venue de Samuel Schmid dans la capitale valaisanne ce vendredi: «On ne lui jouera pas du Mozart, le bruit de ces avions, il faudra bien qu'il l'entende», prévient Michel Clavien, ancien chef du Service valaisan de l'information et cousin du précédent.

«Exigences irréalisables»

Le chef du Département fédéral de la défense rencontrera en effet, dans le palais du gouvernement, «les parties concernées» par le problème des nuisances des F/A -18, à savoir les autorités cantonales et communales, ainsi que l'ARAS, une association de riverains plus modérée. Mais pas «Ras-le-bol». Samuel Schmid l'a écrit à Germain Clavien: «Au vu de vos exigences radicales et irréalisables, nous sommes arrivés à la conclusion avec le canton que la rencontre aurait lieu sans votre participation.»

Ces exigences, les cousins Clavien, accompagnés du député Vert Grégoire Raboud, les ont reformulées hier: plus d'aviation militaire à réaction en Valais. Les arguments ne manquent pas. Michel Clavien met en avant les atteintes à la qualité de l'air, avec en 2006, des moyennes mensuelles «dépassées 52 fois pour l'ozone, 4 fois pour le dioxyde d'azote et 29 fois pour les poussières fines». Son cousin, lui, énumère «les atteintes aux différents niveaux de vie», «aux intérêts d'une région» ainsi qu'au «patrimoine et à la propriété privée». Et d'évoquer un effondrement des biens immobiliers dans la région, avec des pertes de valeur allant de 5 à 20%.

Sans parler d'un aérodrome militaire «encastré dans la ville» et des jets qui frôlent écoles et hôpitaux, et dont les nuisances sonores, caisse de résonance du relief oblige, touchent environ 80000 personnes. Grégoire Raboud, de son côté, souligne «qu'une région bruyante perd en attractivité touristique». Tourisme qui représenterait en Valais «25% du PIB», de quoi faire pâlir les 9 millions de salaires versés annuellement par l'armée et la centaine de places de travail qui dépendent des forces aériennes.

Lors d'un passage éclair à Sion il y a deux ans, Samuel Schmid l'avait martelé: «Ce sont les Valaisans qui ont voulu cet aéroport.» Mais aujourd'hui, ces mêmes Valaisans semblent un peu moins enthousiastes, puisque Ras-le-bol a recueilli 6000 signatures contre les joujoux volants des militaires.

«Je porte volontiers le chapeau»

Pas de quoi impressionner le chef du Département des institutions et de la sécurité, Jean-René Fournier, qui reconnaît que c'est sur son conseil que l'association Ras-le-bol a été écartée des négociations avec le conseiller fédéral: «Je porte volontiers le chapeau. J'ai estimé que le climat devait être positif, Samuel Schmid venant pour nous écouter, pour négocier. Or qu'y a-t-il à négocier avec des gens qui ne veulent entendre parler d'aucun vol militaire sur le Valais?»

Le canton, selon Jean-René Fournier entend rester «dans le domaine du possible, par exemple une renégociation du cadastre antibruit et certaines promesses qui nous ont été faites, comme le remplacement des Tiger par des avions à hélices.»

Le président de la Ville de Sion, François Mudry, prône, lui aussi, le dialogue, «même si ce n'est jamais facile avec des militaires qui se croient encore en 39-45. Ce que nous craignons, c'est un saucissonnage du dossier, avec par exemple aujourd'hui une négociation sur les plans de vols, un cadastre sur le bruit remis à plus tard, et le risque de se retrouver dans trois ans avec toute la ville de Sion en zone rouge, inconstructible. Nous voulons discuter sur un dossier complet, avec toutes les conséquences envisagées».

Reste que Germain Clavien a de la suite dans les idées: son nom figure, comme «étudiant à Fribourg et à Sion» sur une pétition du début des années 60 qui s'opposait à un allongement de la piste de Sion voulue à l'époque par le DMF, au motif «qu'aucune ville n'a accepté la création d'un aérodrome militaire à proximité aussi immédiate». Tout était dit déjà et, à l'époque, en tête du comité d'initiative, figurait Maurice Troillet, le père du Valais moderne, conseiller d'Etat pendant un demi-siècle, et pas précisément une tête folle antimilitariste.