D'outsider à président. Hier, le libéral Marcel Maurer a écrit l'histoire en 5473 suffrages, dans la capitale valaisanne. Il a ravi la présidence de la Ville de Sion au bastion PDC qui la tenait ferme depuis 160 ans. Laissant le candidat du parti majoritaire Grégoire Dayer, avec 400 voix de retard, forcément un peu désemparé.

Ambiance guinguette et schmolitz d'usage: au Café du Marché, rue de Conthey, stamm du Parti libéral-radical (PLR), résonnaient les échos d'un moment historique après l'annonce du séisme en fin de journée.

Euphorie

Léonard Bender, président du parti cantonal, un rien euphorique, s'agitait sur son mobile pour honorer une pluie de félicitations. «Fulvio Pelli», «Bernard Comby» et d'autres s'étaient empressés de natéliser leur enthousiasme. Outre la présidence de Sion, le PLR signait en fait plusieurs belles victoires lors de ce deuxième tour des élections communales, dont la présidence de la Ville de Sierre.

«Difficile de garder les pieds sur terre un jour aussi faste», admettait Léonard Bender, détaillant aussitôt, pour expliquer ce coup de tonnerre au cœur de la citadelle PDC sédunoise, «la propension de Marcel Maurer à récolter des voix extérieures», ses scores turbo, aussi, qui vont crescendo à chaque nouvelle élection communale depuis douze ans. La recette du succès? «De fortes convictions, couplées à une personnalité fédératrice...»

L'élection de Marcel Maurer traduit en fait une véritable cassure dans les habitudes de vote des Sédunois, qu'il faut essentiellement attribuer à un besoin de changement. Face à la machine PDC, sage, trop bien réglée, omniprésente dans les mécanismes de décision (ndlr, le parti dispose de la majorité absolue de huit sièges sur quinze à l'exécutif, et vient de perdre sa majorité absolue au parlement), le conseiller communal, ingénieur et directeur adjoint de la HES-SO de Sion, tendance verte un peu savant fou, incarnait cet absolu.

Durant sa campagne, il a distribué ses rêves de réforme, lancé des invitations audacieuses à croire avec lui dans une ville plus entreprenante, mieux positionnée dans le paysage romand, et à laquelle il promet déjà un destin de «capitale dans le domaine des énergies renouvelables».

L'enthousiasme autour de sa candidature s'était pourtant un peu essoufflé ces derniers jours, pensait-on. Preuve en est: la présidente du Parti radical sédunois Béatrice Pilloud, elle-même, demandait hier soir à ce qu'on la pince pour y croire.

Marcel Maurer y a-t-il cru lui-même jusqu'au bout? «J'ai cru jusqu'au bout qu'il était bon d'offrir un choix au citoyen en l'invitant aux urnes. En offrant une alternative, je suis persuadé qu'on a redonné de la valeur au citoyen...» Le Sédunois a montré dimanche qu'il pouvait gratter l'étiquette partisane et voter la personne en dessous.

Les fissures PDC

Par cet échec, et quoiqu'il ait conservé sa majorité absolue à l'exécutif, le Parti démocrate-chrétien vit une véritable déconfiture. Entouré de ses supporters, qui lui témoignaient la plus grande compassion hier soir, le candidat déchu Grégoire Dayer semblait vouloir ne pas prendre cette défaite sur lui, mais livrait une analyse sans concessions: «Ce n'est pas à moi qu'on en veut. Cette mauvaise fortune n'est ni plus ni moins le résultat d'une alliance de minoritaires qui a tout fait pour faire tomber le PDC. Que voulez-vous que je vous dise?»

A Sion, l'alliance de gauche, pourfendeuse régulière du joug démocrate-chrétien en ville, s'était abstenue de donner une consigne de vote à ses troupes mais n'a jamais caché ses accointances avec Marcel Maurer, il est vrai.

Sur le plan plus local, le revers de Grégoire Dayer est peut-être aussi imputable à quelques tensions au sein du parti majoritaire. On se souvient du déluge de coups de crayon qui avait envenimé deux camps au premier tour.

Celui des Hérensards de Sion, en l'occurrence, patrie de Grégoire Dayer précisément, et celui des Haut-Valaisans, lieu d'origine d'Alfred Squaratti, alors second papable pour le poste suprême. Le score inférieur du second lui avait finalement coûté sa chance de briguer la présidence. Qui sait si la mobilisation autour de son concurrent n'en a pas pâti dimanche aux urnes.

Signes prémonitoires

Désormais en dehors des calculs politiques, le président sortant, François Mudry, qui a forcément un peu de mal à digérer cette défaite au moment où il tourne le dos à la Municipalité, reste fidèle à lui-même et n'exprime pas sa déconvenue au grand jour. Tout juste admet-il avoir cru déceler un signe prémonitoire des menaces qui pesaient sur son parti, en lorgnant du côté de la politique cantonale.

«Dans la course au Conseil d'Etat, Christophe Darbellay a été mis sur la touche par l'aile conservatrice du parti. Or, les gens qui soutiennent Darbellay, et ils sont nombreux en ville de Sion, sont aussi ceux qui en ont marre des bagarres du PDC cantonal. Ils ont peut-être aussi fait payer le parti pour ça à Sion...»

Quoi qu'il advienne, en janvier, Marcel Maurer s'assiéra dans le fauteuil de François Mudry. Il siégera avec trois de ses confrères libéraux-radicaux, trois membres de l'Alliance de gauche et pas moins de huit PDC. Alors, il ne sera plus un marchand de rêves, il ne sera plus un grain de sable dans le mécanisme bien huilé de la machine PDC. Il sera tout simplement un président. «Visionnaire, d'accord, mais pas savant fou.»