Le ballet des jets sillonne le ciel valaisan. 272 mouvements sur le tarmac de Sion dans la seule journée de lundi. «C’est le gros boom ces derniers jours», soupire un employé à l’embarquement. Derrière lui, le téléphone sonne. Un avion en provenance des Caraïbes est annoncé pour le lendemain. Quelques minutes plus tôt, un grand jet occupé par deux passagers a pris les airs pour Milan.

Depuis l’entrée en fonction, il y a huit ans, de Bernard Karrer comme directeur de l’aéroport de Sion, l’aviation dite d’affaires a plus que doublé. Les compagnies privées sont aujourd’hui une septantaine à atterrir en Valais, dont NetJets, «la plus grande compagnie d’aviation d’affaires du monde», précise Bernard Karrer. «Son choix a convaincu ses concurrentes de l’imiter», explique-t-il.

Sion possède une concession internationale que seuls quatre aéroports régionaux ont décrochée en Suisse. Sans file d’attente à la douane ou aux bagages, il attire les touristes aisés qui rejoignent les stations valaisannes, mais aussi Gstaad ou encore la Haute-Savoie. Le transport aérien les encourage à acquérir une résidence secondaire, voire à déposer leurs papiers dans les stations valaisannes, bénéficiant au passage de forfaits fiscaux. Ces résidents font parfois plusieurs voyages par semaine ­entre leur chalet et les capitales européennes.

Sur le tarmac, les employés procèdent au dégivrage d’un petit appareil. Interdiction de photographier son immatriculation ou son passager. «Nous avons des contrats de confidentialité avec les compagnies», explique Bernard Karrer. «C’est ce qui fait notre succès auprès de cette clientèle.» Quelques minutes plus tard, l’appareil décolle pour Paris. Le déplacement coûte en moyenne 4000 euros l’heure de vol.

Depuis 2005, les pistes sédunoises accueillent une compagnie d’hélicoptères spécialisée dans les déplacements VIP. Dotée de neuf appareils climatisés, sièges en cuir et sono dernier cri, elle effectue quatre à cinq voyages par jour au plus fort de la saison. «Dans la région, nous allons surtout à Verbier, à Montana et à Gstaad», note Jean-Daniel Berthod, fondateur de l’entreprise Héli-Alpes avec d’autres pilotes valaisans. «Mais on nous demande aussi fréquemment d’aller à Cannes, Courchevel, Paris…» Son chiffre d’affaires, secret, «ne cesse de croître», ajoute-t-il.

Le secteur du luxe ne connaît pas la crise. «On voit moins les traders anglais de 35-40 ans qui venaient tous les week-ends», dit-on chez l’agent d’assistance Alpine Jet. «Mais les riches restent extrêmement riches. Un Russe vient souvent se poser à Sion avec son jet privé à l’intérieur duquel il y a une chambre à coucher, une douche, un salon… C’est un appartement volant!»

Malgré la procession des millionnaires à la haute saison, l’aéroport de Sion est déficitaire. Chaque année, il perd environ 1 million de francs qui sont payés, une moitié par la ville de Sion, l’autre par le canton du Valais. «L’aéroport est un excellent vecteur d’image pour le canton et cela justifie que nous subventionnions son existence», estime Jean-Michel Cina, conseiller d’Etat en charge du tourisme. «L’exploitation d’un aéroport coûte très cher», explique Bernard Karrer. «Le seul moyen de le rendre rentable, c’est d’augmenter le trafic.» De nouveaux hangars devraient être construits en 2012, financés par des investisseurs privés.

Une partie de cette surface sera utilisée pour des travaux de maintenance et d’aménagement intérieur des avions. «Les clients que nous visons ne se préoccupent pas de savoir le prix qu’il leur en coûtera. Ce qui est important pour eux, c’est de s’arrêter dans un cadre agréable pendant que leur avion est en réparation.» Les hangars restants serviront de garages pour les compagnies qui cherchent une base au centre de l’Europe. «Les places de stationnement sont une denrée très rare alors que presque tous les aéroports sont engorgés», argumente Bernard Karrer. Des avantages qui devraient augmenter la clientèle dans les années à venir.

«Un Russe vient souvent se poser avec son jet privé incluant chambre à coucher, douche, salon…»