Le Temps: Le baromètre électoral indique un changement dans les préoccupations des Suisses, avec l'arrivée en tête, dans l'ensemble de la Suisse, du chômage et de la situation économique. Est-ce un phénomène nouveau?

Claude Longchamp: Oui, depuis que je mène de telles enquêtes, une quinzaine d'années, je ne me souviens pas qu'un problème prioritaire fasse l'unanimité des régions linguistiques. En Suisse alémanique c'était principalement l'asile ou la politique de santé, en Suisse romande la situation économique et en Suisse italienne la santé ou l'asile. Avec la montée du chômage et le choc provoqué par les mauvais résultats de grandes entreprises, comme Crédit suisse ou Rentenanstalt, toute la Suisse met le même thème en tête de ses priorités. Pour les partis politiques, contraints par le passé de décliner leurs thèmes électoraux selon les régions linguistiques, c'est un grand changement: il y a une attente majeure des électeurs sur le même thème, la situation économique.

– L'UDC ne progresse plus, est-ce que ce parti a atteint son plus haut niveau ou n'est-ce que le résultat de la conjoncture économique?

– Soyons clairs: si l'UDC régresse légèrement d'un sondage à l'autre, elle est toujours en progrès par rapport aux élections de 1999. Lors du bond de 1999, on avait prédit qu'elle ne parviendrait pas à conserver l'arrivée de 7% de nouveaux électeurs. Or on constate qu'avec un pourcentage stable de 24 à 25% d'intentions de vote, l'UDC a bien su intégrer ce nouvel électorat. Lorsque l'UDC atteint 26% d'intentions, cela est dû à une mobilisation autour d'un thème précis, comme lors du vote sur l'asile en novembre dernier. L'UDC a donc encore, selon le moment et les thèmes d'actualité, une marge de progression de 2% environ. Il se trouve que l'UDC a l'image d'un parti axé sur les questions d'asile et non la situation économique. La situation lui est moins favorable.

– Peut-on parler d'un «effet Langenberger» pour expliquer la légère reprise du Parti radical?

– Oui. Si le Parti radical perd encore 10% d'intentions de la part d'électeurs qui avaient voté pour lui en 1999, il attire désormais ceux qui étaient en froid avec lui. On ne peut pas dire que ce sont les électeurs de droite ou de gauche, mais plutôt des gens séduits par un style nouveau. Le positionnement gauche-droite du PRD n'a pas changé, mais son image, notamment auprès des femmes, séduit davantage. Phénomène nouveau, le Parti socialiste n'est plus le seul à présenter un électorat majoritairement féminin, c'est le cas aussi du Parti radical et du PDC. L'image du parti profite aussi de la possibilité d'une succession féminine au conseiller fédéral Kaspar Villiger.

– Le PDC n'arrive pas à décoller malgré les efforts de personnalisation, pourquoi?

– Il y a un point positif pour le PDC: il a mis un terme à l'hémorragie vers le Parti socialiste ou l'UDC. Il a amélioré la cohésion intérieure et la stabilité de son électorat de base. Par contre, il souffre d'un manque d'attractivité, notamment auprès des jeunes. Le problème s'est même aggravé. Le choix des personnalités à la présidence et au parlement n'attire pas suffisamment de nouveaux électeurs et ne convainc pas. Il y a donc un problème d'image.