Paroles d’argentières contre l’aide fiscale aux familles

Allocations Les six directrices cantonales des Finances combattent l’initiative du PDC

Les allégements pour familles totaliseraient déjà 2,5 milliards de francs, avancent-elles

Parmi les 26 directeurs cantonaux des Finances, il y a six femmes. Elles appartiennent au PLR, au PS, à l’UDC et au PBD. Bref, à tous les partis gouvernementaux, sauf au PDC. Cela tombe bien. Car c’est précisément pour combattre l’initiative démocrate-chrétienne sur la famille que les argentières ont pris la parole jeudi à Berne. «Il est difficile de s’opposer à des propositions en faveur de la famille, relève la Bernoise Beatrice Simon (PBD) pour justifier cette irruption du genre dans la campagne. Nous, qui sommes femmes et pour certaines mères, nous avons plus de crédibilité pour le faire.»

L’avantage «émotionnel» que les magistrates attribuent à leur parole, alors que la bataille des chiffres fait rage, a déjà été utilisé une première fois. En 2013, les argentières avaient attaqué de front la proposition de l’UDC pour subventionner les mères au foyer.

Faut-il le préciser? L’avis des six directrices est partagé par la majorité de leurs homologues masculins de la Conférence des directeurs cantonaux des finances (CDF). Premier argument avancé: les pertes fiscales que subiraient les cantons au plus mauvais moment. Comme Beatrice Simon, la Bâloise Eva Her­zog (PS) et la Schaffhousoise Rosmarie Widmer Gysel (UDC) évoquent les programmes d’allégement budgétaire qu’elles sont contraintes de mettre en place actuellement. Selon les estimations, les pertes d’impôts cantonal et communal causées par l’exonération des allocations pour enfants et de formation professionnelle seraient pour toute la Suisse de 767 millions de francs par an (voir infographie). Ces chiffres se basant sur les allocations familiales 2010, la perte effective pourrait être plus importante encore. «Nous ne pourrons pas faire face», disent en chœur les directrices, notant que «la majorité des cantons sera dans le rouge en 2015». A cela s’ajoute la perte pour la Confédération, évaluée autour de 200 millions, alors même que ses comptes basculent dans le négatif.

Mais l’initiative heurte aussi le sentiment d’équité, affirme la Zurichoise Ursula Gut (PLR). L’imposition des ménages avec enfants risque de ne plus être proportionnée avec celle des contribuables qui n’en ont pas. Eva Herzog énumère tout ce qui existe déjà à Bâle-Ville pour aider les ménages avec enfants: déduction pour l’accueil extra-familial, pour les pensions alimentaires, pour les personnes à charge, aide supplémentaire pour familles monoparentales, franchise pour l’impôt sur la fortune. Selon les ministres des Finances, les allégements cantonaux et communaux pour familles totalisent déjà 2,5 milliards de francs dans l’ensemble du pays. Par ailleurs, l’initiative ne servira à rien pour les quelque 25% de contribuables qui ne sont pas soumis à l’impôt.

Les directrices trouvent juste que les allocations pour enfants soient imposées: elles font partie de la capacité contributive des personnes. C’est un pilier de base du système fiscal helvétique, même s’il y a des exceptions (comme l’aide sociale, dont la fiscalisation est à l’étude).

La Tessinoise Laura Sadis (PLR) et la Grisonne Barbara Janom Steiner (PBD) n’étaient pas présentes à la conférence de presse, mais ont fait savoir qu’elles soutenaient leurs collègues.

La conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz (PDC/SG), qui est à l’origine de l’initiative du PDC, déplore que les directrices des finances «ne veuillent pas avoir une vision d’ensemble de la problématique. Elles oublient que l’initiative profitera aux 70 à 90% des familles qui paient un impôt cantonal, des familles dont deux tiers ont un revenu inférieur à 100 000 francs. Par ailleurs, il y aura retour sur investissement: les caisses publiques profiteront ultérieurement du plus grand engagement professionnel des femmes, que notre initiative aura favorisé», assure la parlementaire saint-galloise.

Lucrezia Meier-Schatz et le président du PDC, Christophe Darbellay, défendront l’initiative vendredi soir sur le plateau d’Arena. En face d’eux, il n’y aura pas de femmes ministres, mais une sorte de mâle alpha, le Zougois Peter Hegglin. C’est lui qui préside la CDF, qui tient la caisse du canton le plus riche de Suisse, – qui ne veut plus payer autant pour la solidarité confédérale et à qui l’initiative en question ferait perdre 7 millions. Il est membre du PDC. Deux PDC romands, minorisés au sein de la CDF, soutiennent en revanche l’initiative de leur parti, le Valaisan Maurice Tornay et le Jurassien Charles Juillard.

Les directrices des Finances «ne veulent pas avoir une vision d’ensemblede la problématique»