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Six semaines de vacances pour tous: l’initiative mal aimée

Le peuple se prononcera le 11 mars sur le texte de Travail.Suisse

Six semaines de vacances pour tous. Sur le papier, l’initiative sur laquelle le peuple se prononcera le 11 mars aurait de quoi séduire. Lancée par Travail.Suisse, elle est officiellement soutenue par l’ensemble des syndicats et des partis de gauche, et combattue par les partis de droite et les milieux de l’économie. Problème: le soutien de la gauche apparaît bien mou et masque des divergences profondes entre syndicats sur un texte dont les chances de succès semblent déjà faibles.

Le camp du «non» fait valoir que la proposition tombe mal, à l’orée d’une conjoncture difficile. Le patronat estime que les petites entreprises ne pourraient pas supporter ce coût supplémentaire, qu’aucune étude ne fait le lien entre le stress et la durée des vacances et que ces questions doivent être réglées par le partenariat social plutôt que par la loi.

De son côté, le camp du «oui» y voit un rééquilibrage nécessaire du rapport entre travail et vie de famille et une juste récompense pour les travailleurs – dont les salaires ont largement moins augmenté que la productivité des entreprises. Aux 6 milliards que coûterait le «oui» à l’économie, les initiants opposent les 10 milliards de coûts engendrés par le stress chronique, selon une étude du Secrétariat d’Etat à l’économie. Et Travail.Suisse claironne, sondage à l’appui, que 90% des actifs aimeraient avoir plus de vacances que les quatre semaines prévues par la loi. «La pression au travail est déjà énorme, et on ne vit pas que pour le travail», résume le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD).

Mais à y regarder de plus près, l’unité affichée par la gauche et les syndicats n’est pas aussi évidente qu’il y paraît. Chez les Verts, qui soutiennent l’initiative, l’enthousiasme est tout relatif. «L’initiative est sympathique et je la soutiendrai, assure la conseillère nationale Adèle Thorens-Goumaz (Les Verts/VD). Mais il ne faut pas en attendre plus que ce qu’elle peut offrir. Elle ne résout pas tous les problèmes.» Réunie en assemblée mercredi soir, la section vaudoise du parti était d’ailleurs divisée. D’aucuns, franchement opposés, estimant qu’à charge de travail égal, une (ou deux) semaines supplémentaires obligeraient les employés à rattraper le travail en retard avant et après les vacances.

Deuxième indice: à deux mois du vote, impossible de trouver la moindre référence à l’initiative sur les sites internet de l’Union syndicale suisse (USS) ou de ses 16 syndicats affiliés. Etonnant? «Non, promet Jean Christophe Schwaab, secrétaire central de l’USS et conseiller national (PS/VD). Nous nous apprêtons à lancer la campagne, il n’y a aucune volonté de ne pas la soutenir; notre président, Paul Rechsteiner, participera à la conférence de presse vendredi, mais nous laissons la direction des opérations aux initiants.»

Soit. Pourtant, en coulisse, le discours change: «Honnêtement, cette initiative n’est pas une priorité pour nous, glisse un responsable du syndicat Unia. Et elle ne fait pas l’unanimité parmi nos membres. Je crois que les gens sont plus préoccupés par leur salaire…» En clair, poursuit un cadre de l’USS, «il y a plus urgent. Nous préférerions parler de flexibilité du temps de travail, de compatibilité des horaires avec ceux des crèches, ou d’amélioration des possibilités de congés en cas de maladie des enfants.»

Ces divergences révèlent une réalité très politique, estime un dirigeant de l’Union patronale suisse, qui tient lui aussi à rester discret: «La capacité de lancer une initiative est un indicateur clé de l’importance d’une organisation. L’USS (qui représente quelque 380 000 travailleurs) n’est pas très contente que Travail.Suisse (170 000 travailleurs) lui fasse concurrence. C’est un jeu de pouvoir. Et pour être honnête, il se passe la même chose dans notre camp: l’Union suisse des arts et métiers adore répéter qu’elle est la première organisation de défense des entreprises.» «C’est vrai, renchérit un socialiste. L’USS est une organisation très idéologique, elle ne supporte pas que Travail.Suisse ait de bonnes idées, plus pragmatiques.»

«Honnêtement, cette initiative n’est pas une priorité pour nous», glisse un responsable du syndicat Unia

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