ENERGIE

Six sites alémaniques sont pressentis pour accueillir les déchets radioactifs

Les lieux choisis par la Nagra pour l'enfouissement provoquent des résistances. Mais rien ne sera fait avant 2018.

Où faut-il entreposer les déchets radioactifs produits en Suisse par les centrales nucléaires, les hôpitaux et les industries? Depuis trente ans, la question taraude la Société coopérative nationale pour l'entreposage des déchets radioactifs (Nagra) et provoque systématiquement le mécontentement des régions susceptibles d'accueillir ces poubelles dans leur sous-sol.

Jeudi, la Nagra a établi une liste de six sites, tous situés en Suisse alémanique pour des raisons géologiques. «Les roches très compactes, aux propriétés isolantes et autoréparatrices, comme l'argile d'Opalinus, ont été privilégiées pour choisir les zones», a expliqué Thomas Ernst, CEO de Nagra.

Stockage combiné

Selon ces exigences, la Nagra a proposé le Südranden, le Pied sud du Jura, le Wellenberg, le Weinland zurichois, la partie nord du Lägeren ainsi que le Bözberg (voir infographie) pour entreposer les déchets faiblement et moyennement radioactifs. Le Weinland zurichois, le Bözberg et la partie nord du Lägeren ont également été avancés pour accueillir les déchets hautement radioactifs, qui représentent 10% du volume des déchets à éliminer, mais 99% de radio-toxicité.

L'objectif à terme est que la Suisse dispose d'un seul dépôt pour déchets faiblement et moyennement radioactifs en 2030 et un autre pour les produits hautement radioactifs en 2040.

Les trois zones prévues pour les déchets hautement radioactifs pourraient également servir à un stockage combiné, réunissant toutes les catégories. Cette dernière solution séduit la Nagra. Concentrer l'ensemble des produits nocifs sur un seul de ces trois sites présenterait l'avantage de réduire le nombre de mécontents.

Actuellement, c'est un entrepôt intermédiaire en surface à Würenlingen (AG) qui accueille les matières toxiques. Une solution qui ne satisfait pas la Nagra. Notamment en raison de l'espace qu'occuperont les déchets additionnés des cinquante années à venir. Rien que le démantèlement des cinq centrales nucléaires suisses générera 100000 m3 de matériaux radioactifs. Mieux vaut donc les enterrer entre 400 et 900 mètres de profondeur pour leur permettre d'effectuer leur processus de recyclage, dont la durée se chiffre en centaines de milliers d'années.

«Aucun site n'est encore définitivement choisi», a prudemment tenu à préciser Walter Steinmann, directeur de l'Office fédéral de l'énergie (OFEN). En effet, le chemin qui doit conduire à une désignation est encore long.

Touche pas à mon sous-sol!

A l'horizon 2018, la Nagra espère pouvoir déposer ses demandes d'autorisations pour l'aménagement de dépôts en couches géologiques profondes. Le Conseil fédéral devra se prononcer, puis le parlement ainsi que le peuple en cas de référendum.

Tout le monde est conscient qu'il faut enterrer ces déchets, mais personne ne souhaite que cela soit fait dans sa commune. Les réactions ne se sont d'ailleurs pas fait attendre (lire ci-dessous).

Dans les années 1990, la simple évocation des communes d'Ollon (VD) et de Wellenberg (NW) avait provoqué de véritables levées de boucliers. Par deux fois, les citoyens de Nidwald ont dit non. Entre-temps, la loi sur l'énergie nucléaire a donné les pleins pouvoirs à la Confédération dans ce domaine. Les cantons n'ont donc plus de droit de veto.

La Nagra compte désamorcer les résistances en donnant une large place à la communication et au dialogue avec les régions concernées, y compris en Allemagne. Un «comité des cantons», qui inclura aussi les partenaires allemands, sera constitué ces prochaines semaines. Le processus sera étendu aux communes concernées. Cette participation, dite régionale, permettra de tenir compte des intérêts et des besoins en jeu.

Plusieurs associations, dont le comité Sortir du nucléaire, ont manifesté leurs doutes à l'égard de l'enfouissement des déchets. La recherche d'une solution est, selon lui, un véritable casse-tête, d'autant plus que plusieurs essais ont déjà débouché sur des échecs - immersion en haute mer, vitrification, etc. Beaucoup soulignent la nécessité d'empoigner le problème à l'échelle européenne. «Des réunions internationales ont lieu, explique Walter Steinmann, mais la loi nous impose de trouver des solutions en Suisse».

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