Pour qui voter le 23 octobre? La réponse à cette question devrait devenir plus simple dès ce lundi, avec la mise en service sur le site du Temps et de quelques autres médias de la plate-forme Smart­vote.

Basé sur un ­formulaire de 75 questions adressé à tous les candidats aux élections fédérales, cet outil en ligne permet de connaître leurs positions sur des sujets allant du maintien des bureaux de poste à l’euthanasie active, en passant par le libre-échange agricole avec l’Union européenne.

L’internaute peut ainsi iden­tifier les candidats – 1590 avaient répondu au questionnaire samedi, soit 55% de l’ensemble des candidats – qui correspondent le mieux à ses propres opinions.

La base de données permet aussi de détailler les positions des partis et les clivages en leur sein, d’offrir des graphiques en toile d’araignée («smartspider») résumant visuellement le positionnement politique d’un élu, ou de mesurer la popularité d’une proposition (par exemple, limiter la croissance de la population à 0,2% par an) au sein de la classe politique.

Depuis son lancement en 2003, Smartvote, émanation de l’association Politools, liée au monde académique et sans but lucratif, est devenu un trait structurant du paysage électoral suisse.

Difficile pour un candidat de s’y soustraire, tant son usage est devenu prévalent dans les médias et auprès des électeurs. Un million de recommandations de vote ont été produites par Smartvote lors des élections fédérales de 2007, 94% des candidats au Conseil national avaient répondu à son questionnaire, et les chiffres devraient être encore en hausse cette année.

Même les plus critiques se voient contraints de jouer le jeu, à l’image de Jean Christophe Schwaab, candidat PS au Conseil national et détracteur notoire de Smartvote en Suisse romande. «On n’a pas le choix, si on veut être visible, on est obligé de participer, reconnaît-il. Le PS nous a dit: allez-y, il faut être présent partout, sur Facebook, sur les marchés… et sur Smartvote.»

A ses yeux pourtant, l’outil présente trois défauts majeurs. En n’autorisant à répondre que «oui, non, plutôt oui, plutôt non» à des questions complexes, il manque de nuance. Il omet des sujets d’actualité déterminants – le franc fort, notamment. Enfin, il encouragerait à «choisir des individus plutôt que des listes», accentuant ainsi la propension croissante des électeurs à «faire leur marché» au lieu de voter en bloc pour la liste d’un parti.

Autre sceptique, le ministre des Finances vaudois Pascal Broulis, qui avait refusé de répondre au questionnaire Smartvote lors de l’élection cantonale de 2007.

«Je n’ai pas changé, explique-t-il aujourd’hui. C’est un outil intéressant pour les candidats au parlement, car on y vote oui ou non, ou l’on s’abstient. Mais quand vous êtes au gouvernement, les thèmes deviennent trop complexes, trop imbriqués.»

Pour Pascal Broulis, s’exprimer, via Smartvote, sur des sujets qui sont de la compétence de ses collègues de gouvernement revient en outre à rompre la collégialité. Pourtant, le ministre n’exclut pas catégoriquement de répondre au questionnaire en 2012, lors de la prochaine élection à l’exécutif vaudois: «Je ne sais pas si je vais le faire», répond-il simplement.

Critiqué surtout à gauche, Smartvote remporte en revanche un franc succès du côté de l’UDC. «On est dans un marché concurrentiel, rien n’interdit de lancer une autre plate-forme, commente le conseiller national neuchâtelois Yvan Perrin. Mais c’est ce qui correspond le mieux à ce que l’on essaie d’obtenir, c’est-à-dire une vision graphique du profil des gens. En plus, Smartvote est fiable, car si vous observez les votes des élus en plénum et leur profil, cela joue – du moins pour ceux qui remplissent sincèrement le questionnaire.»

L’UDC compte sur ses candidats pour répondre à Smartvote d’ici à la fin d’août. Ensuite, indique Yvan Perrin, «s’il y a des lacunes, on s’en occupera». Les retardataires sont prévenus.