«Pour participer aux élections, les citoyens doivent être bien renseignés. Même si Smartvote n’est pas parfait, il y participe.» C’est le conseiller national UDC Oskar Freysinger qui le dit. Pourtant, comme 41% des candidats de l’UDC au Conseil national selon les derniers chiffres obtenus (le taux de réponse ce jeudi est de 64%), il n’a pas encore rempli le formulaire de 75 questions qui permet de connaître ses positions sur les principales préoccupations des citoyens suisses. Dans ce questionnaire, les candidats aux prochaines élections fédérales prennent position sur des sujets allant du maintien des bureaux de poste à l’instauration d’un salaire minimum, en passant par l’euthanasie passive. Comment Oskar Freysinger explique-t-il ce retard? «Par manque de temps depuis mon retour de vacances», affirme le Valaisan.

Certes, Smartvote, lancé en 2003, n’autorise à répondre que «oui, non, plutôt oui, plutôt non», à des questions complexes et ne peut prendre en compte qu’avec un certain effet retard des problématiques qui ont surgi récemment, comme le franc fort notamment. Reste qu’avec un million de recommandations de vote produit lors des élections fédérales de 2007, Smartvote est devenu un outil incontournable du paysage électoral suisse. Alors, comment expliquer un taux de participation aussi faible de la part du premier parti de Suisse?

«Chaque candidat est responsable de transmettre lui-même ses informations à Smartvote par la voie de sa section cantonale», explique le conseiller d’Etat vaudois Jean-Claude Mermoud, qui a déjà rempli son profil. Avec les vacances, les candidats ont pris du retard. Une version confirmée par Smartvote à Berne. «Nous récoltons les données auprès de la direction nationale des partis, sauf pour l’UDC, qui est moins rapide», affirme le chef de projet, Julien Fiechter.

«Smartvote encourage à choisir des individus plutôt que des listes», insiste Kevin Grangier, responsable de la communication pour l’UDC: «Le parti est responsable de l’orientation des thèmes, cette plateforme profite d’abord aux candidats, même si sa capacité de pénétration est limitée». Le vice-président des Jeunes UDC en Suisse admet néanmoins que «plus nous sommes présents sur la Toile, plus nous pouvons parler de nos idées». Dimanche, un communiqué transmis à ses adhérents allait dans ce sens, selon notre confrère de la Tribune de Genève . Le parti les encourage à être présents sur la Toile en publiant leur opinion sur les médias en ligne.

Oskar Freysinger, lui, a une autre explication. «Nos électeurs n’ont pas besoin de Smartvote pour faire leur choix. Car, contrairement aux autres partis, les positions de l’UDC sont claires. De toute manière, les différences entre les candidats sont faibles.» En d’autres termes, les candidats UDC bouderaient un outil qu’ils jugent utile mais qui s’adresse à des électeurs déjà convaincus. La justification ne persuade pas le jeune politicien libéral-radical valaisan Philippe Nantermod: «Cet outil est très utile pour des jeunes qui n’ont pas de culture partisane.»

Face au plus grand parti de droite, comment se comporte donc le plus grand parti de gauche, le PS? À deux mois du scrutin, 75% des candidats au Conseil national ont répondu au formulaire alors qu’ils se montrent en général plus critiques face à l’instrument. «Nous sommes sociologiquement plus proches des outils technologiques que nos adversaires, pointe la conseillère nationale PS Géraldine Savary. La moyenne d’âge de notre liste est plus jeune que celle de l’UDC par exemple.»

Une analyse qui ne convainc pas Julien Fiechter. «C’est trop tôt pour tirer de telles conclusions», avertit le politologue, chiffres à l’appui. Lors des élections fédérales de 2007, 94% des candidats au Conseil national avaient finalement répondu au questionnaire.