«Je trouve très bien cette histoire de nom et d'adresse des propriétaires de voiture que l'on peut obtenir par SMS. L'autre dimanche, les enfants ont organisé une fête dans notre village et un type a déboulé à au moins 80. On aurait pu tous aller chez lui dire ce qu'on pensait.» Cette habitante de Satigny, qui «en a marre des chauffards», dit approuver sans réserve la récente mise en route d'un service de SMS permettant de connaître l'identité et l'adresse du détenteur d'un véhicule à partir du numéro de plaque.

Depuis le 15 mai en effet, envoyer par SMS au 939 «GE» suivi du numéro de la plaque minéralogique d'une voiture suffit pour obtenir le renseignement. Le service, qui coûte 2 francs et fonctionne tous les jours entre 7h et 22h, a un effet immédiat: dans les 30 secondes, le Service des automobiles et de la navigation (SAN) affiche l'information sur votre téléphone portable.

Un procédé pervers?

De quoi susciter, évidemment, la polémique. Atteinte à la sphère privée, procédé pervers: les arguments ne manquent pas, selon les anti-SMS, pour suspendre, voire fermer ce service. Le député radical Jacques Jeannerat a interpellé hier le Conseil d'Etat sur ces possibles dérives. «C'est une décision prise par le SAN avec l'accord de Laurent Moutinot; le Conseil d'Etat, à ma connaissance, n'en a jamais parlé», explique-t-il au Temps.

Contre le progrès technologique, le député? «Non, mais on va parfois trop loin, justifie-t-il. Un accès immédiat à l'information n'est pas toujours sain. Avec ce service, un chauffeur fâché peut en venir aux mains très vite; tandis qu'avant, la colère avait le temps de tomber puisque le plaignant devait se déplacer jusqu'au guichet pour obtenir le nom et l'adresse d'un conducteur.»

Tous les dérapages sont possibles, arguent les adversaires du SMS: un détraqué peut ainsi filer une personne jusque chez elle, les voleurs de voitures peuvent se rendre directement dans les garages, les conductrices peuvent être importunées jusqu'à leur domicile.

L'avocat Charles Poncet s'étonne un peu du ton pris par le débat «autour de quelque chose qui est du domaine et registre publics. En fait, il n'y a rien de nouveau dans cette affaire, juge-t-il, car notre loi dit que chacun doit être identifiable. Jadis, nous avions la même chose mais sous forme de bottin que l'on possédait dans notre voiture. Une fille au volant nous plaisait? On ouvrait le bouquin.» Mais les risques de certains mauvais usages? «Il faut en ce cas plus de répression féroce.»

Barrages informatiques

Vincent Moreno, directeur du SAN, tient à rassurer les usagers en rappelant qu'en cas de «problèmes», un mécanisme permet d'identifier la personne en quête de renseignements et qu'un(e) automobiliste ne désirant pas donner son nom peut bénéficier d'un barrage informatique.

Le Bureau des autos genevois confirme par ailleurs que l'ouverture d'un tel service SMS est légale, qu'elle a obtenu l'aval du Département des institutions et que cette prestation est fournie depuis des années dans toute la Suisse. «Avant, les gens se présentaient au guichet, payaient 10 francs et obtenaient nom et adresse (environ 5000 demandes par année à Genève, ndlr). Nous avons simplement suivi une évolution technologique qui augmente le confort des usagers et en outre réduit nos dépenses», poursuit Vincent Moreno.

Cette mise en service est une première en Suisse romande, tandis qu'elle est déjà appliquée dans six cantons de Suisse alémanique. Les cantons de Neuchâtel, Fribourg et du Valais peuvent donner ce type d'information par Internet. Dans le canton de Vaud, il faut adresser une lettre, un e-mail ou un fax, mais cela coûte 20 francs.