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Mario Fehr lors d'une conférence de presse en 2015. (Keystone/Pascal Mora)
© Pascal Mora

Zurich

Le socialiste Mario Fehr s’en prend à la burqa

Les propos du conseiller d’Etat zurichois en charge de la sécurité, qui s'oppose à la burqa, provoquent les louanges de l’UDC – et la fureur des Jeunes socialistes et des verts

«La burqa n’a pas sa place ici. Je suis un libéral et dans une société libérale, chacun doit montrer son visage.» C’est avec cette déclaration que le conseiller d’Etat zurichois Mario Fehr défend l’interdiction de la burqa, dans une interview publiée par la NZZ ce jeudi. «Nous ne devrions pas accepter que des touristes déambulent sur la Bahnhofstrasse avec leur femme entièrement voilée», ajoute le ministre, qui estime «intéressante» l’expérience menée en ce moment au Tessin, où la burqa est interdite depuis le 1er juillet: «L’application de la loi est bien moins difficile que ce que tous avaient supposé.» Le socialiste en fait une affaire de valeur et de sécurité.

Lire aussi: Au Tessin, la loi «antiburqa» entrera en vigueur comme prévu

Ses propos n’ont pas manqué de faire réagir, et d’attiser encore l’agacement que le ministre suscite dans son camp. «Une société libérale ne prescrit pas de code vestimentaire. Quand est-ce que Mario Fehr rejoint enfin les rangs de l’UDC?», lance sur Twitter Dominik Ritzmann, conseiller communal vert à Schlieren (ZH).

Les Juso ironisent: c’est «l’essence du socialisme»

Les Jeunes socialistes zurichois, eux, ont opté pour l’ironie: «Cher Mario, tu as une fois de plus saisi l’essence du socialisme.» Ils se sont fendus d’une lettre ouverte à leur collègue de parti, publiée sur Watson: «Tu veux provoquer, tout comme nous. Mais nous le faisons pour un monde plus libre et solidaire. Toi, alors qu’une catastrophe humanitaire a lieu à Côme, tu préfères parler de l’interdiction de la burqa pour quelques touristes arabes. C’est du pur populisme.»

Ce n’est pas la première fois que ce socialiste s’attire les foudres de l’aile la plus à gauche de son parti. Dernier épisode: l’achat par la police cantonale d’un logiciel espion, «Galileo», un cheval de Troie permettant aux autorités d’infiltrer un ordinateur ou un téléphone à l’insu de son propriétaire. Les Jeunes socialistes zurichois, estimant que Mario Fehr avait abusé de son autorité et outrepassé le cadre légal, avaient déposé une plainte contre l’élu. Lequel, outré, avait suspendu momentanément son appartenance au parti.

Un débat loin d’être clos

Avec son plébiscite pour l’interdiction de la burqa, il ne suscite pas seulement le mécontentement dans son camp politique. «Mario Fehr s’égare dans le coin ultraconservateur», s’offusque le vice-président des Jeunes libéraux suisses, Matthias Müller, sur Twitter. Sur les ondes de la SRF, le directeur de Zurich tourisme Martin Sturzenegger, qui redoute de voir fuir les touristes du Golfe, s’oppose à cette proposition: «Nous ne devrions pas répondre à l’intolérance par l’intolérance. Et du point de vue touristique, ce serait un mauvais signal.»

Lire également notre éditorial:  Interdire la burqa? Un débat piégé

L’idée n’est pas en vogue à Zurich: le parlement de la ville a rejeté, pas plus tard qu’en mai, une proposition de loi contre la dissimulation du visage provenant des chrétiens conservateurs. Le parti socialiste et le PLR sont opposés à cette idée. Mais le débat est loin d’être clos: sur le plan national, la récolte de signature est en cours pour une initiative fédérale réclamant l’interdiction de cacher son visage. Ses partisans viennent de gagner un allié: «Mario Fehr parle intelligemment», applaudit Natalie Rickli, conseillère nationale UDC, sur Twitter.

«La police la plus moderne de Suisse»

La sécurité, dicastère du ministre socialiste, est au cœur de l’entretien du jour avec le quotidien zurichois. Un taux de chômage plus bas que dans les pays voisins, l’absence de ghettos dans les villes, une criminalité au plus bas: à en croire Mario Fehr, les Zurichois peuvent dormir tranquille. Lui-même dit se sentir en sûreté dans sa ville et loue le travail de la police, qui a vu ses effectifs grossir au cours des cinq dernières années, avec 250 postes supplémentaires. «La police zurichoise est aujourd’hui la plus moderne et la mieux équipée de Suisse», affirme-t-il. Quant à la «scène djihadiste zurichoise», elle est suffisamment limitée pour la maintenir sous surveillance.

Plaidoyer pour la loi sur le renseignement

Ce qui n’empêche pas Mario Fehr de plaider pour un «renforcement de la législation», ainsi que la révision de la loi sur le renseignement. Soumise au vote en septembre prochain, la loi permettrait au Service de renseignement de la Confédération d’employer des chevaux de Troie – sous certaines conditions et sur la base d’une autorisation politique et judiciaire – pour procéder à des écoutes téléphoniques ciblées ou s’infiltrer dans un ordinateur afin de surveiller un chat. «C’est une loi très mesurée qui apporte le minimum absolu de ce dont un service de renseignement moderne a besoin», estime Mario Fehr. Elle est même, «déjà dépassée», ajoute-t-il. Encore de quoi donner du grain à moudre à ceux qui, à gauche, entendent combattre ce texte.

Lire également: En Suisse aussi, Pegida mise sur la peur de l’islam

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