Les oiseaux migrateurs, après la période du rut, ont coutume de chercher un endroit favorable pour construire leur nid et pondre leurs œufs. A l'approche des élections fédérales, qui auront lieu dans moins de trois mois, les partis politiques font un peu de même. Chacun cherche le terrain propice pour exposer ses idées et convaincre le plus grand nombre possible d'électeurs de voter pour lui. Jeudi, c'était au tour du Parti démocrate-chrétien (PDC) de présenter le thème central de sa politique durant la prochaine législature: la promotion de la famille.

On considère traditionnellement que la politique familiale en Suisse est particulièrement sous-développée. Pourtant, les différents niveaux de l'Etat (communes, cantons, Confédération) dépensent annuellement environ 6 milliards en allocations familiales et en réductions d'impôts pour les parents. Un chiffre insuffisant, selon le PDC, qui croient la famille traditionnelle menacée par la «tendance croissante à l'individualisme» qui conduit les Suisses à procréer de moins en moins et à divorcer davantage (Le Temps du 14 juillet).

«Il nous faut une politique nataliste sérieuse», estime François Lachat, vice-président du parti, sans quoi le nombre de plus en plus faible de jeunes ne suffira plus à financer les pensions de retraités qui vivent toujours plus vieux. Pour le PDC, il importe de combattre en priorité les handicaps financiers qui peuvent mener les familles avec plusieurs enfants dangereusement près du seuil de pauvreté. Cette précarité économique, selon les chiffres du parti, fait que 100 000 à 190 000 enfants vivent en situation de pauvreté en Suisse.

Afin de remédier à cette donne, le PDC veut modifier la fiscalité en vigueur. En cumulant les revenus des conjoints, elle impose plus fortement les familles, alors qu'il suffirait de diviser le revenu entre les deux conjoints lors de la déclaration pour leur permettre de payer moins d'impôts. Le PDC demande aussi une élévation du niveau minimal des allocations familiales à 200 francs par mois et par enfant et l'augmentation des déductions fiscales pour les familles, y compris pour les familles monoparentales.

Le problème, c'est que les démocrates-chrétiens ne sont pas seuls à occuper le terrain familial. Les socialistes les y ont précédés en produisant au début de l'année un manifeste qui devrait figurer en très bonne place dans leur campagne électorale. Le PS propose d'allouer une rente pour chaque enfant, quelle que soit la structure du couple: 600 francs par mois pour le premier, 300 francs pour les suivants. En échange, les déductions fiscales pour les familles seraient abolies: «Elles avantagent les couples jouissant de hauts revenus, explique Anna Sax, spécialiste de la politique familiale au PS suisse. Nous demandons également que chaque conjoint soit imposé individuellement.» Ce modèle, en pratique dans la plupart des pays de l'OCDE, bénéficierait surtout aux couples où les deux conjoints travaillent et gagnent un revenu moyen, alors que le système défendu par le PDC avantagerait davantage les familles où le mari perçoit un salaire élevé et la femme ne travaille pas. Le PS estime que le système qu'il propose coûterait 1,2 milliard de francs de plus par an.

Les démocrates-chrétiens, en revanche, restent assez flous sur le coût de leurs idées. Leur réforme de la fiscalité, affirment-ils, ne coûterait rien à l'Etat. Mais Markus Stampfli, spécialiste du dossier à l'Office fédéral des assurances sociales, réfute cette assertion: le modèle proposé par le PDC entraînerait des coûts supplémentaires d'au moins 600 millions par an. Voilà qui ne plaît pas du tout au patronat, soutenu par les radicaux et l'UDC de Christoph Blocher: «C'est simple, nous nous opposons à toute charge supplémentaire au profit de l'Etat social», rappelle Hans Reis, porte-parole de l'Union patronale. La large victoire de la droite contre les «familialistes» – PS et PDC – lors du vote sur l'assurance maternité ne devrait pas l'inciter à faire beaucoup de cadeaux lors de la prochaine législature.