La non-élection, en novembre dernier, de leur candidat Olivier Derivaz au Tribunal cantonal, au détriment du radical du Valais central Stéphane Spahr, a secoué les socialistes valaisans. Jeudi, le président du parti Charles-Marie Michellod et le chef de groupe au Grand Conseil Jean-Marc Zufferey ont annoncé qu'ils retiraient leurs deux représentants à la commission de justice. De son côté, Olivier Derivaz a fait savoir qu'il démissionnait de son poste de juge suppléant au TC. Seule Françoise Fitoussi Balmer, actuellement présidente du TC par les vertus d'une rotation interne, reste en place.

Avec seulement un magistrat sur les 18 postes nommés par le Grand Conseil, les socialistes sont sous-représentés au sein du pouvoir judiciaire. Avec 16 députés sur 130, ils devraient avoir au moins deux représentants. Ce défaut de proportionnalité pourrait paraître mineur ou passager, mais dans le contexte cantonal il est récurrent. L'avocat Henri Carron, ancien député socialiste, constate amer que ce n'est «jamais le bon moment pour régulariser la situation». Le président Michellod dénonce quant à lui une «reconstruction de l'Etat PDC avec ses anciennes méthodes: favoritisme, népotisme et clientélisme».

Pour Yves Ecoeur, membre démissionnaire de la commission de justice, cette dernière n'est plus qu'un «organe alibi». En effet, ses membres avaient adopté à l'unanimité le principe d'une répartition sur les 18 postes, tandis que la nouvelle loi sur l'organisation judiciaire mentionne à l'article 19 «une représentativité équitable des forces politiques». Mais au moment de joindre l'acte à la parole avec la candidature d'Olivier Derivaz, la majorité des membres de la commission emmenée par son président Christian Favre, démocrate-chrétien du Valais central, a écarté les critères de choix favorables à la candidature socialiste: «La commission a fait son travail de préparation à l'élection afin de favoriser un renforcement politique de la droite au TC. Cette commission, dont les réflexions intéressantes restent des vœux pieux sans effet, s'est discréditée par des agissements politicards de bas étage», conclut-il.

Dans cette polémique valaisanne, même le conseiller national socialiste Peter Jossen est intervenu pour regretter l'image de la justice valaisanne «vue de Berne»: «Celui qui instrumentalise la justice à des fins partisanes porte une grande responsabilité. Les citoyennes et citoyens de ce pays méritent une justice qui ne soit prisonnière d'aucun intérêt partisan.»

Les socialistes valaisans prennent donc leurs distances jusqu'à nouvel avis, jusqu'à «l'élection d'un socialiste choisi par son parti, pour une fonction déterminée par sa motivation et non par le seul désir du PDC». Lors de l'élection contestée de novembre, les démocrates-chrétiens avaient en effet réparti leurs voix sur les deux candidats, favorisant de facto le candidat des radicaux, plus nombreux au Grand Conseil.

L'avocat Henri Carron a regretté que le contexte de politisation de la justice valaisanne nuisît à sa réputation et continuait à donner les apparences de l'arbitraire. Il a rappelé que le Tribunal cantonal valaisan avait obtenu le 47e rang sur 51 dans l'enquête du Beobachter publiée en juin 2001. Concernant le critère d'indépendance, il s'était retrouvé à l'avant-dernière place. «Le Valais mériterait mieux», a-t-il conclu.