Ce sera deux fois «non». Réunis en congrès samedi, les socialistes genevois recommandent de refuser la révision de la loi militaire pour l'envoi de soldats armés à l'étranger. Mais aussi le deuxième objet de la votation fédérale du 10 juin, la loi instituant une coopération internationale en matière d'instruction militaire. A une semaine de l'assemblée des délégués du PS suisse, cette prise de position pourrait faire des émules, notamment auprès des socialistes vaudois et tessinois, qui ont également soutenu le référendum du GSsA contre l'envoi de soldats armés.

S'inscrivant dans la tradition antimilitariste genevoise, ces mots d'ordre ne constituent pas une véritable surprise, mais ils ne vont pas sans créer quelques inquiétudes chez les défenseurs d'un Parti socialiste de l'ouverture, qui craignent qu'un refus de cette nouvelle loi militaire s'ajoute à celui du 4 mars sur l'Europe et induise un refus ultérieur de l'adhésion de la Suisse à l'ONU. L'un des fervents partisans du «non», le conseiller national Nils de Dardel expose ses arguments: «Cette nouvelle loi nous pousserait à faire partie d'opérations d'imposition de la paix qui sont loin d'être convaincantes. De plus, ces dernières dépendent d'un choix purement politique souvent sous-tendu par les Etats-Unis. L'ONU est intervenue en Irak et en Serbie, mais nullement en Tchétchénie.» Le conseiller national socialiste craint également des dépenses militaires supplémentaires. Quant au risque que le peuple assimile la question des soldats armés à la question de l'adhésion de la Suisse aux Nations unies, Nils de Dardel minimise: «Le peuple suisse n'est pas assez bête pour penser qu'il faille accepter des opérations militaires armées pour adhérer à l'ONU.» Pour sa part, le député Christian Brunier pense que la Suisse doit «utiliser au maximum son rôle de médiateur pour résoudre les conflits. Avec des soldats armés, elle pourrait perdre ce statut et par là sa qualité d'agir».

Charles Beer, l'une des rares voix dissidentes du congrès, pense qu'on peut difficilement faire abstraction du contexte international pour contribuer à la pacification des conflits. «J'ai pourtant voté pour l'abolition de l'armée, mais je voterai pour l'envoi de soldats armés», précise-t-il.

Par ailleurs, le congrès des socialistes genevois a décidé à l'unanimité de présenter deux candidats pour l'élection au Conseil d'Etat, soit les deux magistrats sortants Micheline Calmy-Rey et Laurent Moutinot. Pour le président du PS genevois Dominique Hausser, partir à deux est logique. «Il faudrait vraiment qu'on ait une écrasante majorité au Grand Conseil pour que l'on adopte une autre tactique», souligne-t-il. A ses yeux, l'idéal pour l'Alternative de gauche, c'est qu'elle parte à quatre candidats pour conquérir la majorité au Conseil d'Etat, deux socialistes, un Vert et un candidat de l'Alliance de Gauche. «Au scrutin majoritaire, il est nécessaire d'éviter la dispersion», a-t-il déclaré devant les congressistes.

Une trop faible représentation féminine

Pour la course au parlement, les socialistes présenteront, hormis Micheline Calmy-Rey et Laurent Moutinot, quarante candidats. La décision de limiter le nombre de candidats à 40 n'a pas été facile à prendre. La faible représentation féminine parmi les candidats proposés a offusqué plus d'un délégué. Le conseiller municipal de la Ville de Genève, Sami Kanann, l'a clairement exprimé: «Au niveau de la représentation féminine, notre liste n'est pas crédible. Nous devons intégrer plus de femmes. Il en va de notre image.» Le professeur de droit Thierry Tanquerel avait des propos encore plus durs: «Cette liste est un échec provisoire à cet égard.»

Il est vrai que le Parti socialiste est toujours apparu comme un fer de lance de l'égalité hommes-femmes et que dans les travées parlementaires, c'est le parti qui peut se targuer du plus grand nombre de députées. Mais depuis 1993, proportionnellement, leur nombre ne cesse de reculer. Elles étaient encore 41% en 1993 parmi les élus socialistes. En 1997, elles n'étaient plus que 31%, et cette année 29%. Micheline Calmy-Rey y va aussi de son analyse: «Le problème des femmes est triple: elles accomplissent un double travail, professionnel et domestique. Qui plus est, elles ne sont pas éduquées pour se mettre en avant.»

Dans leur programme de campagne, les socialistes genevois vont proposer la création d'un office cantonal du développement durable, mais aussi d'une caisse cantonale publique d'assurance maladie. Pour cette dernière, un projet de loi est déjà aux mains de la commission des affaires sociales du Grand Conseil. Ils visent également à favoriser une politique sociale du logement, mais souhaitent aussi durcir le ton en matière de transports, car ils estiment que «les dossiers stagnent». Quant au revenu minimum de réinsertion, ils le jugent «minimaliste, rétrograde et répressif» et agiront pour l'élargir. Sur la question de l'Europe, le PS genevois a le projet de prendre toutes les mesures nécessaires pour que le canton de Genève «puisse participer de fait à la zone euro…». Un projet qui laisse quelque peu songeur.