«Un pied au gouvernement, l'autre dans l'opposition: nous avons tiré parti de cette situation pour progresser. Avec l'élection, le 10 novembre, d'un second ministre socialiste, nous devons faire notre révolution et prendre nos responsabilités de parti membre d'une majorité de centre gauche.» Ancien président du PS jurassien et président du groupe parlementaire, Gilles Froidevaux annonce que son parti change de cap: «Pour autant qu'il défende l'intérêt général et conduise son action dans le dialogue et la justice, le PS soutiendra le gouvernement, au risque de subir un retour de balancier électoral dans quatre ans.» Gouverné depuis 24 ans par une majorité dans laquelle le PDC a joué un rôle déterminant, le Jura entre dans une ère nouvelle: le PDC a perdu sa majorité et son vassal radical a été exclu de l'exécutif. S'il a réélu les sortants PDC Jean-François Roth et Gérald Schaller, le peuple a choisi une autre majorité, inédite, avec deux PS (le sortant Claude Hêche et Elisabeth Baume-Schneider) et le chrétien-social indépendant Laurent Schaffter. Nantis de leurs départements le 20 décembre, les deux nouveaux ministres ont investi leurs bureaux lundi.

Consensus

Composante principale de ce qu'il est convenu d'appeler une majorité de centre gauche, bien que PS et PCSI ne soient pas coalisés, les socialistes en appellent au consensus. «Si le PDC doit apprendre à partager le pouvoir, nous devons de notre côté mettre de l'eau dans notre vin et changer de comportement. Finie l'opposition systématique. Pas question non plus d'exiger du nouveau gouvernement qu'il applique le programme socialiste», affirme Gilles Froidevaux.

Expression de son ouverture, le leader socialiste se rallie au programme «Pays ouvert», développé par l'ancien gouvernement à majorité PDC. En n'obtenant pas satisfaction sur deux revendications, le PS s'y était opposé avant les élections. A présent, Gilles Froidevaux affirme que «Pays ouvert est une chance pour tous et ce serait un grand péril de ne pas réaliser cette ambition». Toutefois, changement de majorité gouvernementale oblige, le concept doit être revu sur deux points. «Nous estimons anticonstitutionnel de confier la conduite du projet à une fondation et avons demandé à la justice de trancher, explique le socialiste. Nous nous conformerons à sa décision.» Le PS fera dans tous les cas campagne en faveur du «oui», lorsque le projet sera soumis au peuple au printemps prochain.

Autre modification de discours, le député socialiste admet que le Jura doit baisser sa fiscalité. Pas dans les termes linéaires proposés par l'ancien gouvernement (5% en 2004, puis 1% chaque année entre 2009 et 2020), mais en combinant rabais fiscaux pour les familles et les bas revenus, et légère baisse générale. «Nous trouverons une formule dans le sens de l'initiative du PCSI», estime Gilles Froidevaux. Qui s'applique à ménager le PDC, en proposant d'affecter davantage de moyens à la promotion économique, dirigée par Jean-François Roth. «En conservant les Finances et l'Economie, le PDC montre qu'il ne s'enferrera pas dans l'opposition, dit-il. Ce n'est pas dans sa culture. Je crois en la cohésion du nouveau gouvernement et que ses fortes têtes, Jean-François Roth et Elisabeth Baume-Schneider, sauront s'entendre, générant une assise et une confiance d'une majorité du parlement.»