Mercredi soir, à la Maison du peuple, la désignation des trois candidats a tourné au vibrant plébiscite. Le syndic Jean-Jacques Schilt, la conseillère municipale Silvia Zamora et Oscar Tosato, un travailleur social fils d'immigrés italiens, défendront les couleurs socialistes lors des élections municipales de cet automne. Un rendez-vous crucial pour la gauche, qui devra défendre le bilan de toute une décennie de gestion rose-rouge-verte. Tous trois, les deux sortants et le nouveau, sont acclamés sans la moindre contestation ni réticence, après une succession de déclarations de soutien.

Cette communion était d'autant plus frappante que deux accidents de parcours tout récents ont mis en évidence le fort potentiel de tensions qui existent entre des magistrats qui dirigent la ville depuis bientôt douze ans et un parti lausannois fortement marqué par son aile gauche, notamment dans sa nouvelle génération.

Le premier de ces incidents est la polémique sur la manière d'honorer Juan Antonio Samaranch, le président sortant du CIO. En expliquant qu'elle renonçait à proposer la bourgeoisie d'honneur par crainte de devoir essuyer un refus du Conseil communal, la majorité municipale a mis en évidence sa faiblesse, a avoué son incapacité à convaincre ses troupes.

Deuxième élément, l'opération de police aux Presses Centrales. Pour avoir fait intervenir les forces de l'ordre à la demande du patron, contre les syndicalistes de CoMedia qui bloquaient l'entrée de l'imprimerie, le syndic Schilt a suscité la colère de militants socialistes et syndicaux. Avant de faire amende honorable en avouant son «erreur d'appréciation». Aussi gênants soient-ils, ces deux actes d'humilité et de contrition municipales étaient sans doute le prix à payer pour maintenir intacte la cohésion du parti à la veille de l'importante échéance électorale.

Mercredi soir, la présidente des socialistes lausannois Géraldine Savary a salué «la marque de courage consistant à reconnaître ses erreurs.» Le conseiller national Pierre-Yves Maillard, qui incarne la gauche socialiste, s'est ensuite levé, pour un hommage au syndic. «C'est un véritable homme de gauche», a-t-il cru bon de lancer à ceux, qui, dans la salle, auraient pu en douter. D'autres déclarations d'allégeance ont suivi, mais l'essentiel était dit.

Le trio de candidats formé par le syndic sortant, la dynamique directrice des affaires sociales et le nouveau venu, qui assure les liens avec le monde associatif et ouvrier, est bien équilibré. Jean-Jacques Schilt, également confirmé comme candidat à la syndicature, fera campagne sur la qualité de la vie en ville, la défense du service public et le rayonnement de la capitale.

Le PSL, principale force de la majorité, a subi il y a un an l'humiliation de devoir céder un siège aux radicaux lors d'une élection complémentaire. Il peut d'autant moins se permettre de faire apparaître la plus petite fissure que ses partenaires du Parti ouvrier populaire (POP) lui donnent des sueurs froides. Non seulement ceux-ci menacent de rompre l'Alliance de gauche parce que leurs alliés ne soutiennent pas leur initiative sur le taux unique. Mais l'incertitude plane encore sur le candidat municipal. En effet, l'affaire des Presses Centrales a également valu au popiste Bernard Métraux, directeur de police, d'être remis sur la sellette par ceux qui, au sein de son parti, secrétaire cantonal et président en tête, critiquent régulièrement son attitude modérée et collégiale. Les responsables de la section lausannoise du POP assurent que le municipal sortant, qui a lui aussi fait de plates excuses, a été confirmé la semaine dernière et que la question est réglée. Autre son de cloche chez le secrétaire cantonal Josef Zisyadis, qui affirme que tout reste ouvert avant une nouvelle réunion, le mois prochain.

Les militants socialistes, qui ont admis le renouvellement de l'alliance avec les Verts et le POP, ne sont pas pour autant prêts à avaler toutes les couleuvres. Certains redoutent que Josef Zisyadis ne se lance dans la course, même si Silvia Zamora le qualifie de «machine à faire de l'écume». Si l'intéressé affirme qu'il n'est et ne sera pas candidat, il n'a visiblement pas renoncé à convaincre son parti que le rôle du POP au sein de l'exécutif doit être celui de la confrontation.