Fulvio Pelli n’y va pas par quatre chemins: pour lui, l’élection d’un démocrate-chrétien à la place d’un libéral-radical pour succéder à Pascal Couchepin serait un «changement de gouvernement». «Ce serait le choix de pouvoir créer systématiquement une majorité de centre gauche au Conseil fédéral, ce qui n’est pas possible aujourd’hui. La situation actuelle reflète à mon avis la volonté de la population suisse, à savoir une ouverture sociale, représentée par les socialistes, mais un gouvernement qui reste positionné au centre droit», a-t-il confié au Temps samedi, au terme de l’assemblée des délégués du Parti libéral-radical (PLR), à Berne.

Pour lui, la solidité de l’Etat social en Suisse vient du fait que les libéraux-radicaux, créateurs de l’Etat fédéral et garants de la liberté d’entreprise, et les socialistes, défenseurs des droits sociaux, disposent chacun de deux sièges au Conseil fédéral. Et les élections de 2007 n’ont apporté aucune indication qui montrerait la nécessité de changer cette formule, selon lui. Dans le discours qu’il a prononcé devant les délégués, il s’est même montré menaçant. «Ceux qui jouent avec nos institutions paieront un prix élevé. Il serait élevé pour le PS: ce parti devra remplacer deux conseillers fédéraux très prochainement. Or, depuis 2007, il a perdu chaque élection cantonale.»

Points de convergence

Andreas Gross a été le premier socialiste à pointer du doigt les risques que comprendrait la non-élection d’un libéral-radical (LT du 26.06.09). Il n’est visiblement pas le seul à penser ainsi. Plusieurs élus du même parti se sont exprimés dans ce sens dans la presse dominicale. A Winterthour, où le Parti socialiste (PS) était lui aussi réuni en assemblée des délégués, Christian Levrat a, pour sa part, demandé qu’on arrête de mener «un débat stérile sur la latinité» et qu’on parle plutôt de «l’indispensable réforme de nos assurances sociales». «Le départ du conseiller fédéral en charge de l’Intérieur permet d’envisager l’ouverture d’immenses chantiers sociaux», a-t-il précisé. Et voici comment le Fribourgeois décrit le profil du successeur de Pascal Couchepin: «Il faut désigner un arbitre qui ne soit pas à la botte des lobbies et soit davantage attaché à remplir sa mission qu’à renvoyer l’ascenseur aux généreux sponsors de son parti.»

«Basculement à gauche»

C’est sans doute sur ce terrain-là que libéraux-radicaux et socialistes ont des points de convergence à rechercher. Il en existe d’ailleurs déjà: les deux partis partagent une même approche libérale des choix de société et de vie familiale. A l’inverse, les désaccords entre le PLR et l’UDC restent parfois importants. Samedi, les radicaux-libéraux ont ainsi approuvé par 276 voix contre 18 la hausse de la TVA pour assainir l’assurance invalidité, que l’UDC rejette et promet de combattre avec force. Invité à défendre le point de vue des opposants devant les délégués libéraux-radicaux, l’UDC Lukas Reimann a d’ailleurs souligné, sous la forme d’une boutade pas tout à fait innocente, qu’un non du PLR accroîtrait les chances d’un soutien de l’UDC à un candidat PLR.

De tels éléments peuvent augmenter les chances d’une alliance PLR-PS plutôt qu’une entente PLR-UDC, qui paraît de toute manière aléatoire. On ne peut donc exclure que le PS finisse par s’accommoder d’un(e) candidat(e) PLR à sensibilité sociale plutôt que de soutenir une candidature démocrate-chrétienne. Voilà qui accroîtrait aussi les chances d’un Pascal Broulis, par exemple, qui, souffre cependant d’un défaut de notoriété (même dans son propre parti) et d’une maîtrise fragmentaire de la langue de Goethe (voir ci-dessous).

Et le PDC, dans tout ça? Fulvio Pelli a vertement critiqué le parti de Christophe Darbellay. «Il paierait aussi cher son appétit de pouvoir. Si un PDC était élu, ce ne serait pas seulement la fin de la formule magique qui a apporté à la Suisse stabilité et succès économique. Ce serait aussi un basculement à gauche de notre gouvernement, alors que nous sommes précisément en crise économique. Ce serait un très mauvais signe pour notre pays et ses emplois. Ce serait la garantie d’avoir plus de dettes maintenant et plus d’impôts demain», a-t-il averti.

Mais le président libéral-radical sait que la partie sera serrée. Ensemble, PDC, PS, Verts, Verts libéraux et Evangéliques détiennent la majorité arithmétique au parlement. Visiblement, les efforts de Fulvio Pelli, qui répète inlassablement qu’il ne souhaite pas participer personnellement à la course, viseront principalement à tenter de casser cette majorité arithmétique d’ici au 16 septembre.