Anna Biscossa, la présidente du PS tessinois, est remontée contre le comité directeur du Parti socialiste suisse. Elle l'a fait savoir, au nom de la section cantonale, dans une lettre cinglante adressée lundi soir (divulguée mardi soir dans un communiqué) à Hildegard Fässler, la présidente du groupe socialiste des Chambres fédérales, ainsi qu'aux députés du PS. Les Tessinois jugent que le comité directeur du PS a fait preuve «d'absence de sentiment fédéraliste» et ils l'accusent d'«invoquer un prétexte» en décrétant que la candidature tessinoise «ne peut pas représenter pleinement la Suisse romande». Il faut dire que depuis vendredi, lorsque le comité directeur du Parti socialiste suisse a tranché contre Patrizia Pesenti, le Tessin s'est – enfin – mobilisé en faveur de sa candidate. Depuis son élection inattendue au Conseil d'Etat tessinois en 1999, jamais pardonnée par les icônes de la gauche de la gauche, dont font partie Franco Cavalli, Werner Carobbio et Anna Biscossa précisément, de nombreux camarades de l'avocate ne s'étaient guère montrés très enthousiastes à l'égard de l'actuelle présidente du Conseil d'Etat tessinois, jugée par trop «modérée», «centriste», voire «arriviste». Il aura fallu que tombe le couperet du comité directeur pour que la Suisse italienne resserre les rangs derrière l'ancienne juge du Tribunal des mineurs de Lugano. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire et, suivant la voie ouverte par le radical Fulvio Pelli, qui déclarait ouvertement son soutien inconditionnel à la socialiste au lendemain de l'annonce de sa candidature, le Tessin ne claironne plus que d'une seule voix sa sympathie pour Patrizia Pesenti. Comme de nombreux éditorialistes du sud des Alpes, Carlo Manzoni, du Corriere del Ticino, relevait mardi que cette femme discrète et intelligente a encore toutes ses cartes à jouer d'ici à vendredi prochain, au nez «et à la barbe de son parti, malgré les prévisions défavorables de ce dernier». Sur les ondes de la Radio suisse romande, Patrizia Pesenti a dit mardi qu'elle ne se «décourage pas, [et] n'entend pas abandonner la course» à la succession de Ruth Dreifuss.