Dans le canton de Vaud, une alliance de gauche composée d’une quinzaine de syndicats, d’associations et du parti socialiste vaudois (PSV) a été créée dans le but de contrer la réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III), sur laquelle les Suisses voteront le 12 février prochain. Cette réforme, le PSV l’a unanimement rejetée dans ses intentions de votes lors de son congrès de décembre. Un paradoxe, puisqu’il soutenait massivement le volet vaudois de mise en œuvre de la RIE III, avec les contreparties sociales négociées par le président du Conseil d’Etat socialiste Pierre-Yves Maillard et le patron des finances PLR Pascal Broulis. Lors des votations cantonales de mars dernier, le projet a été accepté par plus de 87% des électeurs vaudois.

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«Le paradoxe n’est qu’apparent», explique le conseiller national Roger Nordmann dans le journal du parti. «Le projet cantonal était raisonnable au plan fiscal et comportait des contreparties sociales importantes. A contrario, l’édition fédérale est profondément injuste et déséquilibre complètement le paquet accepté par le peuple vaudois».

Le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard avait usé de sa fougue pour convaincre ses camarades réticents à se ranger derrière le projet vaudois. Son «Tonnerre de Brest» lors du congrès de janvier 2016 est resté dans les annales. Aujourd’hui, il reste muet. Il était absent au congrès qui traitait de la question, tout comme ses deux collègues Nuria Gorrite et Anne-Catherine Lyon. Il justifie son silence par le fait de ne pas vouloir embarrasser son parti national, alors que les intérêts du canton ne sont pas touchés selon lui.

Qu’en est-il des militants de base? Regretteraient-ils d’avoir voté trop vite, les yeux fermés, alors que l’ampleur du sacrifice fiscal reste tout de même incertaine?

«Le projet vaudois ne peut exister qu’au sein d’un cadre fédéral», explique le député socialiste Samuel Bendahan. «Mais le projet proposé n’est pas le bon. Des baisses d’impôts massives ont été ajoutées au paquet fiscal, qui ne bénéficieront qu’aux grosses entreprises au détriment des cantons et des communes. En le refusant, nous ouvrons la porte à une réforme équilibrée, basée sur le compromis et non sur le passage en force».