Comment font-ils campagne, avec quels moyens, quelle motivation? Alors que les candidats aux élections fédérales n’ont jamais été aussi nombreux, «Le Temps» suit six d’entre eux sur le terrain pour un carnet de campagne.

Les portraits précédents: 

Sur la scène du festival du Chant du Gros, au Noirmont, Pascal Obispo entame son tube 1980 et interpelle le public: qui est né dans les années 80? A l’arrière de la tente de la «Sainte Scène» – c’est son nom officiel –, Anne Froidevaux sourit: elle est née en 1985. Le festival du Chant du Gros, c’est, tous les quatre ans, le passage obligé des candidates et candidats jurassiens au parlement fédéral. Ce festival de trois jours a lieu six semaines avant les élections.

Les sortants ne sont pas tous là, mais les nouveaux ne manquent pas ce rendez-vous avec une partie importante de leur électorat potentiel. On croise Charles Juillard et Elisabeth Baume-Schneider, candidats à la succession des conseillers aux Etats Anne Seydoux et Claude Hêche, Françoise Chaignat, colistière de Charles Juillard, ou encore Loïc Dobler, qui accompagne Pierre-Alain Fridez sur la liste du PS pour le Conseil national.


En vidéo: En campagne au Chant du Gros, avec Anne Froidevaux


Anne Froidevaux, colistière de Jean-Paul Gschwind, qui sollicite un troisième mandat à Berne, est venue en voisine. Domiciliée à Châtillon, dans la vallée de Delémont, elle est issue d’une famille d’éleveurs de chevaux franches-montagnes et travaille au Noirmont, comme secrétaire générale et responsable RH de la clinique de réadaptation.

«Il est essentiel de venir ici pour rencontrer des gens, avoir des contacts directs, prendre le pouls de la population, surtout dans un canton comme le Jura, où les campagnes se font de manière plus légère. C’est plus important que les débats parfois stériles qui circulent sur les réseaux sociaux», justifie la démocrate-chrétienne avant de s’engager dans la file d’attente du guichet de change. Le guichet de change? Au Chant du Gros, on paie ses repas et ses consommations en louis. Cette monnaie locale éphémère doit son nom au prénom de l’agriculteur qui, pour la première fois en 1992, a mis son champ à disposition des organisateurs du festival: on le surnommait le «gros Louis».

«Une envie de relève»

Tout le Jura et de plus en plus de gens d’ailleurs se pressent au Chant du Gros. Au fil des années, Gilles Pierre et son équipe en ont fait l’un des incontournables rendez-vous de la scène musicale romande. Cette année, Anne Froidevaux est venue écouter Pascal Obispo, mais elle se souvient d’autres grands moments passés: Patrick Bruel, Sinsemilia ou encore Claudio Capéo. Elle croise Gabriel Voirol, le libéral-radical qui lui a succédé à la présidence du parlement jurassien, fonction qu’elle a exercée en 2018. On se fait la bise, on rigole (beaucoup), on cause politique (un peu). «Lorsque je lui ai succédé, elle m’a remis un paquet d’invitations en me disant: tiens, c’est pour toi», s’amuse-t-il.

Anne Roy ne quitte pas Anne Froidevaux d’une semelle. Cheffe du groupe PDC au parlement cantonal, membre de la municipalité de Porrentruy, elle seconde et conseille sa jeune collègue avant les débats publics, comme elle l’avait fait avec succès pour Anne Seydoux en 2011. A proximité, un observateur avisé de la politique jurassienne y voit un signe et lâche, comme s’il s’adressait à Jean-Paul Gschwind: «Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir?» Comme d’autres, il se dit convaincu que le Jura a besoin d’un renouveau et qu’Anne Froidevaux pourrait détrôner le vétérinaire ajoulot, qui aura bientôt 67 ans. «Pas si vite», rétorque un autre acteur local: «Jean-Paul Gschwind a un solide électorat en Ajoie. C’est sa région et c’est là que le PDC est le plus fort.»

Anne Froidevaux fait, elle, profil bas. «Il n’a pas à avoir peur de moi», assure-t-elle. Elle avoue tout de même que «c’est un avantage d’être une femme entrée jeune en politique [ndlr: elle a fait ses premières armes dans les Jeunesses démocrates-chrétiennes à 19 ans]. J’ai senti une envie de relève dans le parti.» En cas d’élection le 20 octobre, son premier combat visera les coûts de la santé. «L’initiative populaire du PDC va dans le bon sens», dit-elle. Dans le cas contraire, son ascension politique se poursuivra néanmoins. Pour l’instant, au Chant du Gros, elle continue de serrer des mains, de trinquer et de dialoguer avec les festivaliers.