«Du baby-boom, nous sommes passés au papy-boom», lance Pierre-Yves Maillard en même temps que son avant-projet de loi. «Pour assumer ce choc démographique, mieux vaut soigner et aider en tout temps à domicile qu’engorger les hôpitaux». Le conseiller d’Etat socialiste vaudois, à l’aube de sa quatrième et dernière législature, prévoit une réforme qui devrait éviter les hospitalisations non nécessaires. Une première suisse.

Démographie

Il propose ainsi de réunir en instances régionales des prestations actuellement dispersées, telles celles de l’aide et des soins à domicile et des réseaux de soins. Son projet de loi institue quatre régions de santé qui auront pour mission d’assurer un dispositif de soins et d’accompagnement cohérent pour l’ensemble de la population de leur région. Ces nouvelles prestations entraîneront un investissement de départ de l’ordre de 50 millions de francs sur trois ans, à partir de 2019. Des économies devraient être réalisées sur les montants octroyés aux hôpitaux confrontés en principe à une croissance plus faible de patients.

80% des patients dans les hôpitaux ont 80 ans et plus. 58’000 personnes ont aujourd’hui plus de 75 ans, elles seront 100’000 en 2035. «L’espérance de vie est rallongée, ce qui est une bonne chose», commente le grand chef de la santé vaudoise. «Mais cela implique aussi une approche renouvelée des soins et des aides puisqu’il faudrait autrement mettre à disposition cinq cents lits d’hôpitaux et des milliers de lits d’EMS dans des délais irréalistes. Sans même parler des coûts», décrit-il. Solution: renforcer les aides à domicile, mais surtout apporter sur place des véritables soins 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. De quoi éviter les séjours hospitaliers inutiles et coûteux, voire parfois néfastes au patient lui-même.

Renforcer les aides à domicile

Avec la création de quatre régions de santé (Grand Lausanne, est, ouest et nord vaudois vraisemblablement), Pierre-Yves Maillard espère voir grandir la collaboration et la mutualisation des compétences entre aides à domicile, infirmières et médecins. Les infirmières de pratique avancée seront mises en avant dans ce projet, afin qu’elles puissent prescrire des soins médicaux à la place des médecins, dont la profession connaît une pénurie. Le projet permettra de répondre à la demande de fin de vie à domicile.

L’avant-projet de Loi sur les régions de santé (LRSa) tombe à deux mois des élections mais le timing importe peu, puisque «l’urgence démographique est là», selon la cheffe du service de santé publique, Stéfanie Monod.

Alternative à l'hôpital

«Il n’existe aujourd’hui pas d’alternative à l’hôpital. Les acteurs travaillent en silo et les mécaniques de financement incitent à faire plus de prestations de soins pour la survie de leurs institutions. Nous proposons une modification des valeurs mêmes du système de santé. C’est un défi phénoménal!», se réjouit cette gériatre de profession. «Le système de santé s’est construit cahin-caha depuis plus d’un siècle. Cette réforme propose une nouvelle façon de lire la réalité».

La cocasserie de cette réforme est qu’elle oblige Pierre-Yves Maillard à démanteler deux de ses propres lois, proposées lorsqu’il était entré en fonction. «Il est nécessaire aujourd’hui de refaire cette architecture législative, sans revenir sur les acquis, indépendamment du calendrier politique ou électoral», concède-t-il.