énergie

Le solaire sera au centre du virage énergétique

Doris Leuthard présente un large éventail de mesures alliant production de nouvelles énergies renouvelables et économies entraînant une réduction de la consommation

Tout de blanc vêtue, Doris Leuthard a tenu un discours vert foncé vendredi à Berne, à l’occasion de la présentation des projets de lois qui marquent la concrétisation de la sortie du nucléaire.

Le cœur du dispositif, mis en consultation jusqu’au 31 janvier 2013, est une nouvelle loi sur l’énergie, forte de 74 articles, qui définit notamment le renforcement des moyens de promotion des nouvelles énergies renouvelables. Le texte décrète d’intérêt ­national des futurs parcs de production «verte», tout comme l’utilisation rationnelle et économe de l’énergie dans les bâtiments neufs et anciens.

Le saut inscrit dans la loi est gigantesque, particulièrement dans la volonté affichée de recourir au courant photovoltaïque. En 2011, ce type d’énergie représentait 0,24% de la production électrique suisse, soit quelque 150 GWh (150 millions de kWh) sur un total de 61 170 GWh. En 2050, selon les calculs de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), le courant photo­voltaïque devrait atteindre 10 415 GWh, soit 70 fois la production de 2011. Le potentiel de l’ensemble des nouvelles énergies renouvelables a été réévalué à la hausse, en progressant d’un quart entre mai et aujourd’hui, selon les projections de l’OFEN. L’objectif à atteindre, fixé par la loi, est de 11 940 GWh en 2035, et 24 220 GWh en 2050. Cela représente une multiplication par un facteur, respectivement, 7,5 et 15, des capacités installées aujour­d’hui.

En 2035, soit un an après l’arrêt programmé du dernier réacteur nucléaire en Suisse, les nouvelles énergies renouvelables devraient représenter 4,5 fois la production d’une centrale nucléaire comme Mühleberg ou une fois et demie celle de Gösgen. En 2050, le courant nucléaire, qui fournit aujourd’hui un peu plus de 25 000 GWh, devrait donc être quasiment compensé par de la production de nouvelles énergies renouvelables. Les principales mesures proposées par la ministre de l’Energie, Doris Leuthard, et avalisées vendredi par le Conseil fédéral, touchent de nombreux domaines.

Nucléaire dépassé

Le parc nucléaire suisse, vieillissant, coûte beaucoup plus cher qu’on ne le pense et son remplacement n’est pas envisageable. C’est la thèse de Doris Leuthard. Le prix global du programme de transformation et de développement du parc des centrales nucléaires suisses, s’il devait être réalisé, est estimé à 191 milliards de francs entre 2010 et 2050, alors que l’OFEN chiffre à 30 milliards de francs le surcoût net de la sortie du nucléaire. Le projet de loi interdit donc l’octroi d’une autorisation pour une nouvelle centrale nucléaire et prohibe également le retraitement du combustible nucléaire usé.

Energies renouvelables

Des objectifs de production sont fixés pour les nouvelles énergies renouvelables, mais également pour l’énergie hydraulique. Cette dernière doit atteindre 37 400 GWh en 2035 (+8% comparé à 2011), et 38 600 GWh en 2050 (+11,5%). Certaines énergies renouvelables ne sont pas gérées par objectif. C’est le cas de la géothermie profonde soutenue par la Confédération via des garanties et des crédits d’études. L’outil principal de promotion est le renforcement des subventions sous forme de rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC). La construction de parcs éoliens ou de certaines lignes à haute tension sera accélérée par l’inscription, par les cantons sous contrôle de la Confédération, de zones décrétées d’intérêt national. Cela permettra de limiter les recours et de raccourcir les procédures d’autorisation. La voie du dernier recours au Tribunal fédéral, après le Tribunal administratif fédéral, sera ainsi quasiment exclue. Le budget de la RPC, actuellement de 210 millions de francs par an, passera progressivement à 840 millions en 2040 avant de diminuer, car le prix de production des nouvelles énergies renouvelables se rapprochera peu à peu de celui du marché. Le coût de l’électricité devrait augmenter de 20 à 30%. Un dispositif d’allègement est prévu pour certaines entreprises.

Economies forcées

Le projet met en place, pour l’ensemble de la consommation d’énergie, pétrole compris, un éventail de mesures destinées à réduire la consommation. L’objectif inscrit dans la loi vise une diminution de 35% d’ici à 2035, ­comparé à l’an 2000, de la consommation d’énergie moyenne par habitant. Cette baisse est fixée à 50% d’ici à 2050. La consommation d’électricité devra se stabiliser à partir de 2020. Le gros effort portera sur les particuliers, via notamment des normes de consommation des voitures (95 grammes de CO2 par kilomètre d’ici à 2020). Les fournisseurs d’électricité seront contraints, au moyen d’un système de certificats, de faire en sorte que leurs clients finaux économisent le courant par la mise en place de systèmes de gestion efficace de l’énergie. Si ces objectifs ne sont pas atteints, des amendes pleuvront. A terme, la disparition des chauffages et des chauffe-eau électriques est programmée.

Bâtiment à rénover

Un volet important du projet concerne l’immobilier, qui absorbe 46% de la consommation ­totale d’énergie. Les cantons devront agir pour accélérer l’assainissement énergétique des bâtiments. ll est prévu d’introduire un certificat énergétique obligatoire qui influencera directement la valeur du bien immobilier en cas de cession. Les fonds d’aide de la Confédération et des cantons passeront de 267 millions à 600 millions de francs par an dès 2015.

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