Le soldat qui a tué délibérément une jeune fille de 16 ans au dernier jour de son école de recrues avec un fusil d'assaut avait un casier judiciaire. Pour vol et attaque avec explosifs. Et l'état-major de l'armée le savait.

L'horrible fait divers relance ainsi non seulement la question du maintien des armes militaires à la maison, mais aussi de l'étendue des données personnelles que l'armée peut collecter sur les futurs conscrits.

Cocktail Molotov

Selon la SonntagsZeitung, le jeune tireur de 21 ans avait, en janvier 2006, lancé un cocktail Molotov contre le siège de l'OSEC à Zurich pour protester contre le Sommet économique mondial à Davos. Pourquoi, malgré un tel acte, a-t-il pu être admis à l'armée et recevoir une arme? Plusieurs politiciens vont intervenir lors de la session parlementaire qui s'ouvre aujourd'hui lundi.

L'Office fédéral de la justice, comme le veut l'usage, a informé l'armée uniquement sur les deux contraventions au Code pénal et les peines prononcées. En raison de la légèreté des peines, les recruteurs n'en ont pas tenu compte et n'ont pas demandé d'autres précisions, écrit la SonntagsZeitung. Les responsables à l'armée n'ont plus accès au casier judiciaire de leurs subordonnés. Les commandants ne reçoivent qu'une liste sur laquelle figurent les condamnations.

Selon la NZZ am Sonntag, un système d'information de l'armée plus perfectionné a été abandonné pour des raisons de protection des données. Indépendamment du cas tragique de Zurich, les dirigeants de l'armée s'engagent pour un accès plus large aux données personnelles de leurs hommes.

La question des antécédents judiciaires, en revanche, ne s'est pas encore posée pour le recrutement. Jusqu'à maintenant, on renonçait à des recherches étendues puisque le service militaire est obligatoire.

Un permis de port, comme dans le civil?

Dans Sonntag, l'édition dominicale de la MittellandZeitung, le président de la Société suisse des officiers, Michele Moor, lance l'idée d'un permis pour port d'arme, comme c'est le cas au civil. Chaque recrue et chaque soldat devraient ainsi fournir un extrait de casier judiciaire pour être autorisé à manier une arme à l'armée. Un soutien inespéré pour le Parti socialiste suisse. La conseillère nationale Evi Allemann veut déposer une motion qui demande des tests psychologiques plus poussés lors du recrutement, et un meilleur suivi pendant l'école de recrues.

«L'encadrement psychologique est actuellement insuffisant et trop superficiel», déclare-t-elle au journal dominical argovien.

Et de demander dans la foulée également un permis de port d'arme pour les soldats. La conseillère nationale PDC lucernoise Ida Glanzmann veut aussi s'engager pour que les dirigeants à l'armée disposent de toutes les informations nécessaires sur leurs subordonnés. Et en particulier puissent consulter le casier judiciaire des hommes dont ils ont la responsabilité. «La prévention d'actes violents prime sur la protection des données», déclare-t-elle dans la NZZ am Sonntag. Elle est soutenue par la conseillère nationale UDC Ursula Haller.

Dès l'ouverture de la session parlementaire, aujourd'hui, l'armée va se retrouver sur la sellette. Le président du PDC Christoph Darbellay et celui des radicaux Fulvio Pelli ont déjà annoncé que leur groupe respectif allait se pencher immédiatement sur la question du maintien des armes à la maison.

La mort violente d'une jeune fille de 16 ans pourrait entraîner un revirement auprès des deux partis, qui avaient refusé jusqu'à maintenant d'entrer en matière sur l'obligation de la déposer à l'arsenal.