«Pourquoi nos soldats devraient-ils mourir pour des puissances étrangères?» a jeté Christoph Blocher à la figure des Suisses, vendredi à Berne, au cours d'une conférence de presse marquant le début de la campagne du double non aux arrêtés fédéraux soumis à votation le 10 juin. La mort au combat et toutes les images que cela charrie: les cercueils de soldats, les mères en pleurs, les pères stoïques. Les cimetières. Les opposants à la révision partielle de la loi militaire ont choisi leur angle d'attaque: il est frappant, comme l'affiche qui relaie leurs arguments, des tombes blanches pareilles à ces stèles sur lesquelles des touristes suisses se recueillent, du nord au sud de l'Europe. La révision partielle, si le peuple l'approuve, autorisera l'armement des soldats à l'étranger et une coopération internationale facilitée en matière d'instruction.

«La Suisse n'a pas été entraînée dans des guerres depuis deux cents ans. Peu de pays comme le nôtre ont eu cette chance. Le Sonderbund, qui fut une guerre civile, n'est pas comparable à un conflit traditionnel», a relevé le président de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), leader du comité référendaire Suisse-Oasis de paix qui combat les deux arrêtés, aux côtés, objectivement parlant, du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) qui a lancé un référendum contre l'armement des soldats uniquement.

Outre les piliers de l'ASIN, le comité – fourni – regroupe les conseillers nationaux Luzi Stamm (UDC/AG) et Jean-Henri Dunant (UDC/BS), dont l'arrière-grand-père fut le cousin germain du fondateur du CICR. Seuls deux francophones figurent dans la liste: le responsable de l'antenne romande de l'ASIN, René Scheidegger, et le conseiller national de Moutier, Walter Schmied (UDC/BE).

Le propos du président de l'ASIN, Christoph Blocher, tient en deux axes: la préservation de la neutralité et le refus d'une adhésion à l'OTAN. Le Conseil fédéral ne s'est jamais risqué à évoquer la fin de la neutralité en temps de paix ni l'entrée de la Suisse dans l'Alliance atlantique. Mais le tribun zurichois interprète l'évolution de la politique de sécurité helvétique comme un enterrement à petit feu de la première et une préparation des mentalités à la seconde. La lecture du plan directeur d'Armée XXI (Le Temps du 23 février) conforte cette version. Le chef du Département fédéral de la défense (DDPS), Samuel Schmid, s'emploiera à démontrer le contraire.

«Corps d'aide humanitaire»

Monopolisant la parole, Christoph Blocher a précisé que l'acceptation des référendums de Suisse-Oasis de paix ne remettrait pas en cause les engagements actuels de l'armée suisse à l'étranger, en particulier la présence d'un détachement à la frontière entre les deux Corées, mais il a souligné l'aberration, selon lui, que constitue l'opération Swisscoy au Kosovo. Le président de l'ASIN a ajouté que les exercices militaires menés ponctuellement avec des pays européens à des fins d'instruction ne violaient pas la neutralité. Il ne verrait pas d'inconvénient au maintien de cette pratique. Il s'oppose en revanche à sa systématisation dans un cadre atlantique. S'agissant du volet de l'armement, Christoph Blocher ne nie pas la nécessité pour les soldats d'être armés lorsqu'ils opèrent à l'étranger notamment, il rejette le principe même de la participation de militaires suisses à des missions internationales.

Le comité Suisse-Oasis de paix a par ailleurs assorti ses référendums d'une proposition encore peu élaborée qui consiste en la création d'un corps d'aide humanitaire. «Les 100 millions de francs alloués jusqu'ici à la Swisscoy, estime Jean-Henri Dunant, seraient ainsi mieux utilisés.»