Armée

Des soldats fustigent l’insécurité des transports militaires après un nouvel accident

Un camion de l’armée transportant du matériel s’est retourné après une sortie de route le 6 juillet à Ropraz (VD). Deux soldats dénoncent: les mêmes camions transportent des troupes, sans ceintures de sécurité. Ils veulent une prise de conscience pour éviter un drame

Le 6 juillet dernier, peu avant 16h30, un camion Saurer 6DM du bataillon d’aide en cas de catastrophe 1 (bat acc 1) s’est retourné avec sa remorque après une sortie de route sur la route de Berne, dans les environs de Ropraz (VD), a appris Le Temps. Ses deux occupants, le chauffeur et son aide-chauffeur, ont été conduits à l’hôpital pour examens et n’ont été que très légèrement blessés, confirme la justice militaire, qui a ouvert une enquête pour déterminer les causes de l’accident.

Selon nos informations, le chauffeur se serait assoupi. Réveillé par son aide-chauffeur alors qu’il se déportait lentement sur la file de gauche, le chauffeur n’aurait eu d’autre choix que de quitter la route pour éviter de percuter un véhicule qui roulait normalement en sens inverse. Le camion s’est alors retourné sur le bas-côté et a fini sur le toit.

Ce jour-là, le camion qui faisait route vers Genève ne transportait fort heureusement que du matériel. «Un assortiment d’éclairage et d’électricité des troupes de sauvetage», précise le porte-parole de l’armée, Daniel Reist. Mais les deux chauffeurs ont eu de la chance: ils n’étaient pas attachés. Et pour cause, confirme Daniel Reist: «Ce camion ne dispose pas de ceintures de sécurité.»

Pour Stéphane* et Philippe*, deux membres du «bat acc 1» en service ce lundi 6 juillet, cet accident doit servir d’avertissement. «Ces camions transportent aussi bien du matériel que des soldats, expliquent-ils. Si ce 6DM avait transporté des hommes, ça aurait été la même chose… sauf qu’il y aurait eu des morts. L’armée a beaucoup de chance qu’un drame ne se soit pas encore produit.»

Stéphane et Philippe le disent clairement: «Dans ces camions, on est assis à 30 sur des bancs en bois. Personne n’est attaché, puisqu’il n’y a pas de ceintures, ni à l’arrière, ni à l’avant. A l’ère de Via Sicura, c’est invraisemblable. On ne peut pas continuer comme ça!» Les deux militaires en appellent à «une véritable prise de conscience. L’armée suisse est une armée de milice, beaucoup n’ont pas choisi d’être là mais doivent monter dans ces camions qui sillonnent le pays. Il faut absolument améliorer la sécurité des transports militaires.»

Interpellée, l’armée répond qu’en matière de sécurité des transports militaires, les règles sont basées sur l’année d’enregistrement des véhicules. «Certains de nos camions ont vingt ou trente ans, explique Daniel Reist. Pour ces véhicules, les règles applicables en matière de port de la ceinture sont celles qui étaient en vigueur à l’époque.» En clair: à l’époque de la mise en service des Saurer 6DM, la ceinture n’était pas obligatoire et l’obligation n’est pas rétroactive. Le porte-parole assure toutefois que «ces camions sont remplacés en permanence dans la mesure des crédits disponibles. Les nouveaux camions sont équipés de ceintures à trois points, pour le conducteur et le passager.»

La troupe qui voyage à l’arrière reste, elle, contrainte de croiser les doigts avant de monter à bord. «C’est la même chose dans toutes les armées du monde, note Daniel Reist. Mais l’armée fait tout son possible pour améliorer les choses. Le programme de rénovation des Duro [des camions de transport de troupe plus petits, embarquant jusqu’à 18 soldats] prévoit des sièges individuels à l’arrière, avec ceinture.» Et de promettre que «l’armée essaie de réduire de plus en plus le recours à des grands camions sans ceintures à l’arrière pour le transport des troupes, privilégiant l’emploi de véhicules plus adaptés, comme les Duro.» Et Daniel Reist d’ajouter que «les soldats qui craignent de monter à bord de véhicules sans ceintures à l’arrière peuvent s’annoncer auprès de leur superviseur». Quel accueil leur fera-t-on? La question reste ouverte.

Selon les derniers chiffres du Centre de dommages du Département de la défense, le nombre d’accident impliquant des véhicules miliaires a baissé en 2014 (7 585 sinistres, soit 30 de moins qu’en 2013). Une baisse qui s’expliquerait notamment par les efforts accrus en matière de prévention et d’instruction. Les chiffres pour 2015 doivent encore être consolidés, mais la diminution du nombre d’accidents semble se poursuivre, assure Daniel Reist. Une bonne nouvelle toute statistique qui ne suffira pas à rassurer Stéphane et Philippe.

* Prénoms d’emprunt

 

 

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