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Des soldats suisses pourraient surveiller l’ambassade de Suisse à Tripoli

Le scénario est à l’étude: des militaires suisses pourraient être envoyés en Libye pour assurer la protection de l’ambassade et de son personnel, mission que les Libyens ne sont pas en mesure de remplir pour le moment. Après le mandat de trois mois confié à l’armée privée britannique Aegis

Verra-t-on bientôt des soldats suisses surveiller l’ambassade de Suisse à Tripoli? Le scénario est loin d’être farfelu. Berne vient de signer un contrat de trois mois avec la société de sécurité privée Aegis pour la protection de sa mission dans la capitale libyenne, mais différentes options pour la suite sont examinées. Et «la protection de l’ambassade par un contingent de l’armée suisse reste une option et est envisageable à moyen terme», confirme le Département fédéral des affaires étrangères.

Voilà qui promet des discussions enflammées. On se rappelle du psychodrame né de l’idée d’envoyer, en pleine affaire Hannibal Kadhafi, un contingent de l’unité spéciale du DRA 10 pour exfiltrer les deux otages suisses. Le Conseil fédéral avait fini par y renoncer. Mais au moins un homme de l’unité s’était bien rendu sur place, en civil, à des fins de repérages, afin de préparer la fuite des otages par voie de mer.

Aujourd’hui, le contexte est différent. C’est la question de la sécurité de l’ambassade de Suisse à Tripoli, fermée en février et rouverte samedi, qui agite les politiciens. Avant la guerre civile, elle était assurée par la police libyenne. Mais l’Etat libyen n’étant plus en mesure de l’assurer, Berne a dû prendre une décision. Le DFAE a confirmé dimanche le recours à la société de sécurité privée Aegis, comme révélé par la SonntagsZeitung. Des spécialistes de la sécurité, à l’image du conseiller national Peter Malama (PLR/BS), ont rapidement critiqué le recours à cette société de mercenaires controversée. «Pour moi, nous aurions dû directement envoyer le DRA 10, qualifié pour ce genre de mission, commente-t-il. Mais j’ai eu l’occasion d’en discuter lundi avec Micheline Calmy-Rey, à l’origine de la décision, et ses arguments m’ont convaincu. Il fallait agir vite: or, l’envoi de soldats, en raison de l’ordre d’engagement qui nécessitait l’aval du Conseil fédéral, n’aurait pas pu se faire avant un délai de quatre à six semaines.» Le DFAE va plus loin. Au Temps, il assure que Micheline Calmy-Rey a en fait fin septembre déjà demandé par écrit à son collègue Ueli Maurer de lui présenter un «plan d’engagement» détaillé. Et que ne l’ayant pas reçu, elle a dû recourir en attendant à Aegis.

Josef Lang (Verts/ZG), membre de la commission de politique de sécurité du National et antimilitariste convaincu, est résolument contre l’envoi de membres du DRA10, dont il demande la dissolution. Pour lui, si l’Etat accréditaire concerné, ou l’occupant, ne peut pas garantir la sécurité de l’ambassade, «il faut protester et retirer l’ambassadeur». Mais, surprise, il admet que dans le cas de la Libye, «où il y a de fortes raisons que la Suisse soit présente», l’argument de la solidarité avec la révolution libyenne prévaut. «Et on pourrait donc, dans le contexte actuel, y envoyer des membres de la Sécurité militaire», admet-il. Yvan Perrin (UDC/NE) n’a lui non plus pas de raison de s’opposer à l’envoi de soldats pour cette mission précise, dit-il.

Le scénario n’aurait en tout cas rien d’aberrant aux yeux du professeur de droit international Marcelo Kohen. «Même à Genève, la mission des Etats-Unis a son propre personnel de sécurité. Ce qui n’exclut pas la présence du personnel suisse à l’extérieur de la mission pour la protéger», dit-il. Mais, ajoute-t-il, la Suisse ne pourrait pas envoyer ses soldats de sa propre initiative. «Le contraire équivaudrait à une violation de la souveraineté libyenne. Toute présence de personnel militaire suisse exigerait d’abord l’accord préalable libyen, qui réglerait aussi les conditions du déploiement de ce personnel.» S’il s’agit de la protection des locaux diplomatiques, il devrait rester à l’intérieur des locaux et dans l’extérieur immédiat, tout comme dans les véhicules diplomatiques, précise-t-il.

L’envoi de soldats pour assurer la protection d’une mission suisse avait déjà été évoqué en 2004 pour le bureau de liaison en Irak. Le recours à sept gardes sud-africains armés de Meteoric Tactical Solutions (MTS), société de mercenaires au passé trouble, avait provoqué de vives crispations. Après plusieurs semaines de discussions, le Conseil fédéral avait fini par préférer les mercenaires aux soldats suisses. En 2006 par contre, l’ambassade à Téhéran avait été surveillée par des contingents de la sécurité militaire. Et en 1998, la Suisse avait envoyé douze gardes-fortifications pour protéger l’ambassade de Suisse en Algérie, fermée quatre ans plus tôt pour raisons de sécurité. Ils sont restés jusqu’en 2004.

Même le Vert Josef Lang n’est pas contre, dans le contexte actuel, l’envoi de la Sécurité militaire à Tripoli

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