Naturalisations

La solidarité d’Alain Berset envers le secondo recalé

Le président élu de la Confédération a écrit spontanément à Salvatore Scanio, candidat recalé à l'examen de naturalisation à Nyon. Né en Suisse il y a quarante-cinq ans, ce dernier a reçu de nombreux soutiens

Ils ont le même âge, trois enfants chacun, une certaine ressemblance dans l’allure. L’un est président élu de la Confédération, Alain Berset, l’autre un Italien secondo, né en Suisse et recalé à la naturalisation, Salvatore Scanio. Depuis mercredi, ils ont autre chose en commun: une lettre du premier au second. Manuscrite, frappée du drapeau rouge à croix blanche, et signée Alain Berset.

Mon but est, plus simplement, d’espérer que vous aurez le courage et la force, en famille et aussi avec vos enfants, de dépasser cette épreuve et de continuer

Alain Berset, président élu de la Confédération

«Les mots me manquent pour décrire ce que je ressens, réagit son destinataire, stupéfait et bouleversé. Une telle manifestation d’empathie de la part du président m’honore. Cette démarche personnelle montre qu’il a du cœur avant de faire de la politique.» Juste un homme qui, spontanément, écrit à un autre homme, un dimanche à Belfaux, en lisant le journal. «Pour vous dire que j’ai été touché par la situation que vous vivez face à votre procédure de naturalisation», rédige sobrement Alain Berset.

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Si Salvatore fait l’objet de l’intérêt médiatique, c’est que sa procédure a été suspendue pour insuffisances de connaissances en civisme, tout comme celle de son épouse et, partant, de leurs trois enfants. Un verdict qui, s’il lui permet cependant de se représenter, a profondément heurté cet Italien de 45 ans, né à Genève, directeur d’une entreprise, impliqué dans la vie sociale du quartier où il a acquis une maison voilà dix ans.

La commune inflexible sur ses procédures

De son côté, la commune vaudoise, inflexible, explique que l’intégration et la maîtrise d’une langue nationale ne sauraient dispenser le candidat des connaissances théoriques jugées éliminatoires. Ironie de l’histoire, Nyon avait travaillé dernièrement à recadrer cette Commission des naturalisations, qui dysfonctionnait notoirement il y a quelques années. Des conseillers communaux animés d’un empressement patriotique hors pair avaient refusé de siéger entre 2014 et 2016, considérant que le Conseil municipal était trop prompt à octroyer la bourgeoisie aux postulants. Devant l’arbitraire et l’inégalité de traitement qu’ils infligeaient à certains candidats, la commune a donc pris des dispositions pour faire cesser ces faits. Sans changer pour autant les commissaires, qui ont repris leur place.

Prise désormais dans la nasse d’une procédure tirée au cordeau, Nyon estime que son système ne permet plus les dérapages. Mais ce corsetage serré provoque peut-être un effet inverse: il n’octroie plus aucune place au principe de proportionnalité. Si celui-ci avait été pris compte, le parcours de Salvatore eût peut-être pesé plus lourd que ses prétendues lacunes théoriques.

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Je ne vais certainement pas m’exprimer ici sur les procédures et la manière dont elles ont été appliquées, car je ne peux connaître le déroulement des faits

Alain Berset, président élu de la Confédération

La missive d’Alain Berset n’a cependant aucune vocation à s’immiscer dans les affaires de cette commune, encore moins à renverser les prérogatives. En la matière, les communes sont libres de procéder comme elles le jugent bon. «Je ne vais certainement pas m’exprimer ici sur les procédures et la manière dont elles ont été appliquées, car je ne peux connaître le déroulement des faits», écrit-il. «Mon but est, plus simplement, d’espérer que vous aurez le courage et la force, en famille et aussi avec vos enfants, de dépasser cette épreuve et de continuer!»

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Nombreuses manifestations de soutien

Pour Salvatore, la poursuite de l’affaire se jouera devant les tribunaux, puisqu’il a décidé de faire recours contre cette décision. Quelle qu’en soit l’issue, il sait désormais qu’il peut compter sur la solidarité de bon nombre de citoyens de ce pays, dont le premier. La lettre d’Alain Berset vient en effet s’ajouter à de nombreuses autres manifestations de soutien, reçues à domicile ou via Le Temps.

Toutes disent leur incompréhension ou leur indignation, beaucoup s’interrogent sur les membres et le fonctionnement de la Commission de naturalisations et s’étonnent devant des «méthodes d’un autre âge» ou qu’ils croyaient cantonnées outre-Sarine; l’un écrit au syndic de la Ville, Daniel Rossellat, l’interpellant sur le contrôle exercé par la municipalité sur la commission; un autre écrit au conseiller municipal Vincent Hacker, qui présidait l’audition ce soir-là, fustigeant ironiquement le comportement de «cette commission de neutralisation». Un officier de l’armée suisse avoue qu’après mille jours sous les drapeaux, il ne sait pas où coule l’Inn, une des questions posées, «et franchement, on s’en moque».

Ces témoignages ont mis du baume au cœur du Nyonnais, lui offrant un genre de droit de cité moral. Aussi vrai que les mots d’Alain Berset lui auront fait regagner la hauteur de vue pour considérer le monde par-dessus les lignes et lire au-delà.

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