Valais

La solitude du président de commune

Vex a voulu freiner le mitage de son territoire par les résidences secondaires, mais les intérêts locaux ont fait capoter son plan d’aménagement. Le président, Danny Defago, s’est senti peu soutenu par le canton

Quand Danny Defago a pris en 2009 la présidence de la commune de Vex, il s’est immédiatement attelé au plan d’aménagement du territoire. Dans le but de préserver le paysage, mais surtout de modifier le modèle économique du tourisme dans la localité, basé sur les résidences secondaires. «Nous sommes en train de bousiller les conditions de notre survie», s’exclame-t-il en regardant une photo de son village. Le cas de Vex est emblématique des difficultés des communes alpines à juguler la prolifération des chalets inviduels, objectif de l’initiative Weber soumise au vote ce dimanche.

C’est un jeune président, sans grande expérience politique et sans parti, dans cette commune située à l’entrée du val d’Hérens et qui comprend les stations des Collons et de Thyon 2000. Face aux intérêts des propriétaires terriens et des promoteurs immobiliers, son projet n’a, de justesse, pas fait le poids. «C’est l’aménagement du territoire qui cristallise les plus gros enjeux au niveau local, c’est pourquoi cela devrait être géré par le canton», juge aujourd’hui Danny Defago.

Il a dessiné son plan de zone presque seul. «Je suis allé voir le service cantonal concerné, mais il m’a seulement proposé une subvention pour réaliser une étude.» Une aide qui paraît ridicule à un président qui avait besoin de conseils sur les aspects techniques et juridiques de l’aménagement du territoire.

«Nous aidons les communes et les encourageons, répond Damian Jerjen, chef du Service du développement du territoire. Mais nous sommes moins nombreux dans ce service qu’à Zoug, qui s’étale sur un territoire 20 fois moins grand.» Trois urbanistes conseillent les communes. Celui du Haut-Valais est répondant, à lui seul, pour 70 d’entre elles.

«Une zone touristique est une zone de production, pas un bien de consommation», poursuit Danny Defago, en sortant son plan tout abîmé à force d’avoir été trituré. «Il faut la rendre la plus rentable possible. Cela signifie augmenter la fréquentation, mais aussi prévoir un habitat groupé qui n’implique pas des coûts trop importants en termes d’infrastructure.»

Il a donc repensé certaines zones à bâtir en imposant des indices minimaux de densité. Et il a placé des parcelles du centre de la station des Collons en zone hôtelière et d’autres en résidences de tourisme. «Nous avons inventé cette dernière notion, qui contraint chaque propriétaire d’appartement à mettre son bien à disposition des agences de location dix semaines par année, dont six en haute saison.»

Mais ce n’est pas du goût de Jean-Louis Rudaz, président de la commune pendant les 12 années précédentes, propriétaire terrien et promoteur immobilier. «Financer un hôtel implique de vendre des résidences secondaires, ce qui n’était pas possible dans cette zone hôtelière, analyse-t-il. Nous n’aurions jamais trouvé d’investisseurs dans ces conditions et les terrains n’auraient plus rien valu!» Lui aurait perdu 1,5 million dans l’opération. Sans compter les parcelles en zone chalets qui prenaient soudainement un indice obligeant la construction d’habitat collectif. «C’est très bien sur le papier mais cela ne se vend pas et se loue mal. Nous n’aurions donc plus construit, faute d’acheteurs. Les conseillers communaux qui ont inventé ce plan de zone n’ont aucun intérêt privé à défendre dans le tourisme et n’en ont pas une expérience suffisante.»

L’homme est passionné, pas seulement pour des raisons financières, dit-il, mais parce qu’il aime son village. Il a lui-même bloqué toutes les constructions à la fin de son mandat présidentiel. «Le moratoire sur la vente d’immeubles aux étrangers de 2007 avait engendré une surchauffe immobilière à Vex parce que nous n’étions pas sur la liste des communes interdites de vente.» Voyant les promoteurs étrangers se bousculer au portillon et l’Etat refusant d’ajouter Vex à sa liste, il a mis la plupart des terrains en zone réservée pour deux ans. Y compris les siens, dit-il. Enfin, presque tous. Mais quand il comprend les contraintes engendrées par le projet de son successeur, il bat la campagne pour mobiliser les citoyens.

Le 19 octobre 2010, Danny Defago convoque une assemblée primaire extraordinaire pour faire approuver son plan d’aménagement. Plutôt confiant, il s’attend à ce que le projet, «qui relève du simple bon sens», soit approuvé. «Je sais bien que faire des lits chauds, ce n’est pas si simple. En attendant, le modèle du chalet est peut-être facile à vendre mais il est mauvais économiquement parce qu’il ne rapporte pas à long terme pour la collectivité.» Ses arguments n’ont pas fait le poids face à son prédécesseur. Par 89 voix contre 89, l’assemblée a enterré son plan d’aménagement. A égalité des voix, selon la loi, tout projet est refusé.

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