Que soutient réellement le Conseil fédéral? Est-il sincèrement favorable à la taxe de 0,3 ct./kWh, comme il l'a affirmé à plusieurs reprises? Et que pense-t-il vraiment de ce qu'on appelle la redevance incitative, qui doit favoriser un transfert de charge du travail sur l'énergie? Officiellement, le gouvernement est favorable à ces deux propositions. Il l'affirme dans la brochure qu'il a fait parvenir à tous les électeurs du pays. Moritz Leuenberger l'a également déclaré dans chacune des interventions publiques qu'il a faites sur ce sujet. Mais le ministre de l'Energie est bien seul à le clamer, ce qui laisse planer un doute sur la conviction de ses collègues.

Depuis quelques années, il est d'usage que plusieurs conseillers fédéraux se mobilisent pour défendre le point de vue gouvernemental avant une votation populaire. Pascal Couchepin a par exemple épaulé Ruth Metzler pour combattre l'initiative des 18%. Il est devenu très rare qu'un Sage monte seul au filet. Or, dans le cas présent, la solitude du socialiste est suspecte. On veut bien croire que Kaspar Villiger soit, comme le dit son porte-parole, favorable à la redevance incitative. On aimerait cependant l'entendre le dire publiquement et il paraît peu probable qu'il soit emballé par le contre-projet à l'initiative solaire. Cette retenue laisse penser que c'est plus par amitié pour Moritz Leuenberger que par réelle conviction que les conseillers fédéraux des autres partis ont accepté que le Conseil fédéral se déclare officiellement favorable à ces deux taxes vertes.

Il faut dire que Pascal Couchepin, Kaspar Villiger et, dans une moindre mesure, Adolf Ogi sont dans une situation inconfortable, car les milieux dont ils sont proches recommandent de voter trois fois non, sans nuances. Ce triple rejet est assez incompréhensible dans la mesure où la redevance incitative, qui ressemble sensiblement au projet de réforme fiscale écologique que Kaspar Villiger tient dans ses tiroirs, a pour but d'alléger les charges salariales. Or, le triple refus de l'économie est en train de se révéler être une erreur stratégique, car, si l'on en croit le sondage publié par la SSR, le peuple avoue une franche préférence pour l'initiative solaire. Ce sondage devrait mobiliser ceux qui, comme Kaspar Villiger, défendent la réforme fiscale écologique, dont la redevance incitative constitue l'amorce.

B. W.