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L'obligation que la Confédération fait aux cantons de respecter les quotas de bonnes terres agricoles, dites surfaces d'assolement (SDA), freine le développement des agglomérations 
© Ruedi Staehli, Office fédéral de l'environnement (OFEV)

Territoire

Ces sols qu’on démonte et qu’on déménage

Pour maintenir leur quota de bonnes terres agricoles, comme la Confédération l’exige, les cantons comptent aussi sur des sols dégradés qu’on déplace pour les reconstituer ailleurs. Explications

Un sol dégradé peut-il redevenir agricole? Oui, répondent les spécialistes de la protection des sols. Une aubaine pour les cantons qui arrivent aux limites de leurs possibilités de construire encore sur les surfaces agricoles. Celles-ci pourraient, dans certaines conditions, être reconstituées ailleurs, comme on l’a entendu récemment lors d’une conférence d’urbanistes organisée par les Universités de Genève et Lausanne.

Ces sols qui voyagent d’un site à un autre, à dos de camion, peuvent atteindre une qualité suffisante pour être remis en culture. Du coup, ils peuvent entrer dans le calcul des surfaces d’assolement (SDA). De Genève à Fribourg, ce fameux quota de bonnes terres exigé par la Confédération via la loi sur l’aménagement du territoire (LAT) fait en effet l’objet d’un décompte ultra-serré et met les cantons sous pression.

Lors de la Journée Richard-Quincerot 2017, les représentants des cantons de Fribourg et Genève ont détaillé comment ils ont ou vont encore réaliser des gains en SDA. Chaque mètre carré compte, à tel point que Genève intègre même les surfaces ouvertes, non plantées d’arbres, de ses parcs publics, comme à l’époque du plan Wahlen. Car c’est bien là le sens originel de ces SDA, héritées des années 1930: toute parcelle apte à nourrir le pays en cas de perturbation des importations peut être comptabilisée. Elles sont surtout devenues un redoutable instrument d’aménagement du territoire. Grâce aux actuels 438 560 hectares fixés par la LAT au plan national, l’étalement urbain est contenu, à l’hectare près. Indirectement, c’est aussi grâce à elles que l’on assiste à ce bal de camions chargés de sols «en kit», en route vers leur futur emplacement.

Sols démontables

Car les sols sont démontables et voyagent à travers le pays. Une couche par camion: la précieuse terre végétale, fertile et fragile, voyage seule, par temps sec et pas trop froid. Sa voisine du dessous, dite terre de sous-couche, emprunte un autre camion. Enfin, les occupants du sous-sol, agglomérat de roches concassées et de sables, montent en vrac dans les bennes du 30 tonnes. Ils sont transportés vers des sols dégradés par l’activité humaine, abords d’un chantier d’autoroute ou gravière en fin d’activité. Dans la région genevoise, une ancienne gravière, mal remblayée à la fin de son exploitation, à une époque où le sol ne semblait pas aussi précieux qu’aujourd’hui, est même démontée puis retravaillée couche par couche, pour redevenir cultivable.

«On peut reconstituer des sols, mais pas à partir de rien, met en garde Elena Havlicek, pédologue spécialiste de ces opérations à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). A Neuchâtel, après la construction du tunnel sous la ville, on a tenté l’expérience de créer un sol «neuf», sur la zone de loisirs de Hauterive-Saint-Blaise, avec les déblais purement minéraux du tunnel et de l’humus. Et surtout des lombrics, ces précieux ouvriers qui activent les échanges entre matière minérale et organique.»

Du temps et beaucoup de précautions

«Le sol s’est bien reconstitué. Il n’est certes pas apte à la production agricole, mais ses autres fonctions, comme l’infiltration des eaux de pluie, sa capacité à faire pousser de la végétation ou encore à abriter la faune, sont bien réelles. Ces fonctions-là sont tout aussi essentielles et profitent à tous, au-delà des questions de propriété foncière de la surface du sol. C’est aussi cela qui fait la valeur d’un sol et que nous devons préserver dans le temps.»

Du temps, il en faut pour régénérer un sol qui a voyagé par camion, surtout au sens de la définition des SDA, c’est-à-dire capable de produire de la nourriture. «Une fois remis en place couche par couche, il faut le remettre en culture durant au moins trois ans, parfois plus, jusqu’à dix ans, précise la spécialiste de l’OFEV. C’est donc possible, mais sur un site qui a lui-même été agricole. On ne remet pas une terre maigre de prairie si on veut obtenir une terre de production. Cela nécessite une cartographie de la qualité des sols, encore très partielle à ce jour.»

Si donneur et bénéficiaire sont compatibles, il reste à surveiller le processus, du décapage aux semis. C’est un travail d’une grande finesse, bien que mené à coups de pelles mécaniques (à chenilles) et de camions. «Une formation de spécialistes de la protection des sols sur les chantiers existe depuis 2000, explique Elena Havlicek, mais l’intervention de ces spécialistes est limitée aux grandes infrastructures pilotées par des études d’impact. Or, celles-ci ne sont pas nécessaires dans les projets plus modestes, notamment dans les villes où le sol est d’abord un terrain à bâtir et à équiper. On oublie qu’il est aussi une ressource qui mérite protection comme l’air ou l’eau.»

Qu’en est-il du coût de ces régénérations? «C’est un calcul complexe, qui n’a pas vraiment été fait à ma connaissance, regrette Elena Havlicek. Il serait sûrement utile pour convaincre de la nécessité de protéger les fonctions du sol, aux champs, dans les forêts et les jardins, et même en milieu urbain.»

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