Une des solutions pour lutter contre la pénurie de personnel qualifié en Suisse qui risque de s’aggraver avec la votation du 9 février consiste à améliorer la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale afin d’augmenter le taux d’activité des femmes. Donc à proposer davantage de places d’accueil extra-familial et à un prix abordable. Durant la session qui s’est ouverte ce lundi, le parlement acceptera très probablement de prolonger de quatre ans le programme d’impulsion de la Confédération en engageant un nouveau crédit de 120 millions de francs jusqu’en 2019.

En fait, seule l’UDC s’y oppose et ne voit pas le lien entre le soutien aux crèches et son initiative «Contre l’immigration de masse», acceptée par le peuple. «Le 9 février a bon dos et commence à servir de prétexte pour faire passer toutes sortes de causes», répond le conseiller national Jean-Pierre Grin (UDC/VD). Il estime qu’une mère ou un père qui gardent leurs enfants ont fait ce choix librement, parce qu’ils en ont envie. «Ce n’est pas parce qu’il y aura encore davantage de places d’accueil qu’ils augmenteront leur taux d’activité. Donc on ne résoudra pas le problème de la pénurie de main-d’œuvre de cette manière», poursuit-il.

L’UDC est plutôt d’avis qu’il n’y a pas lieu de poursuivre cette aide à l’heure où, parallèlement, le Conseil fédéral doit faire des économies. Et Jean-Pierre Grin rappelle qu’à l’origine ce programme d’encouragement à l’accueil extra-familial avait été prévu en 2003 pour une durée de huit ans. En 2011, il a été prolongé une première fois pour quatre ans. 450 millions y ont déjà été consacrés. «Nous estimons que cela suffit et qu’il appartient maintenant aux cantons et aux communes de s’investir davantage», poursuit Jean-Pierre Grin, qui plaide aussi pour un allégement des procédures administratives afin de faciliter les solutions d’accueil chez des mamans de jour. «Je connais le cas d’une dame qui gardait cinq enfants mais a décidé d’y renoncer en raison de différentes tracasseries administratives. A la place, on privilégie la création de structures coûteuses, on nourrit tout un appareil à un point tel qu’on commence à devoir nommer des délégués aux crèches dans les communes.»

La Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil national ne partage pas cette vision. Si elle veut prolonger le programme d’impulsion de la Confédération pour la création de places d’accueil extra-familial, c’est que la demande existe. «Actuellement, la Confédération ne parvient pas à satisfaire toutes les requêtes. Elle a dû fixer des priorités et répartir les moyens de façon équilibrée entre les régions. Ce qui fait que certains cantons sont maintenant sur une liste d’attente. Et personne ne conteste le fait que la demande va encore augmenter ces prochaines années», assure Jean-François Steiert (PS/FR). Pour son collègue de parti neuchâtelois Jacques-André Maire, la votation du 9 février n’est donc pas un prétexte pour prolonger l’aide aux crèches, «mais un argument supplémentaire».

Le Conseil fédéral, qui soutient cette prolongation, a fait le calcul et constate que tout progrès réalisé en matière d’accueil peut aider à contrer la pénurie de personnel qualifié. Le taux de femmes âgées de 25 à 54 ans qui travaillent à plein-temps s’élève à 59%, contre 90% pour les hommes. En exploitant 20% du potentiel des personnes de cette tranche d’âge, titulaires d’une formation post-obligatoire qui ne travaillent actuellement qu’à temps partiel ou pas du tout, la Suisse disposerait de 143 000 postes à plein-temps supplémentaires. Un autre argument plaide en faveur d’un subventionnement des places dans les crèches: le second revenu est souvent avalé par les frais de garde si ces derniers sont trop élevés. De quoi inciter les femmes à ne travailler que partiellement.

Depuis son lancement en 2003, le programme fédéral a permis la création de plus de 43 000 nouvelles places d’accueil. Mais 74% des communes suisses n’en proposent toujours pas, ce qui signifie qu’un tiers des enfants n’y a pas accès. Ailleurs, on attend avec impatience le renouvellement des crédits. C’est le cas notamment à Genève. Conseillère administrative de la Ville de Genève chargée de la Cohésion sociale et de la solidarité, Esther Alder indique que l’aide fédérale a déjà permis la création ou l’agrandissement de 20 structures de la petite enfance représentant un peu plus de 1000 places. Une nouvelle tranche de crédits bénéficierait à des projets quasi prêts qui permettraient d’augmenter l’offre de près de 10% d’ici à 2016, alors que 600 places sont encore prévues par la collectivité locale d’ici à la même année.

Le taux de femmes âgées de 25 à 54 ans qui travaillent à plein-temps s’élève à 59%