Énergie

La solution pour faire disparaître les pylônes électriques

Robert Klapisch, ancien directeur de la recherche du CERN, veut démontrer la viabilité de la supraconductivité comme moyen de transport de l’énergie. Il entend construire un banc d’essai de 18 kilomètres en Valais

La ligne à très haute tension (THT) qui doit relier Chamoson à Chippis, en Valais, pourrait se faire sans pylônes. Robert Klapisch, l’ancien directeur de la recherche au CERN, en est convaincu. Sa solution pour y parvenir: la supraconductivité. Découvert en 1911, ce phénomène, qui se caractérise par l’absence de résistance électrique et l’expulsion du champ magnétique, apparaît lorsque certains matériaux sont refroidis à des températures avoisinant le zéro absolu (-273,15°C). Grâce à cette technique, il serait facile d’enterrer les lignes THT.

Les opposants à la future autoroute électrique valaisanne demandent depuis des années son enfouissement. Déboutés par le Tribunal fédéral en septembre 2017 à ce sujet, ils ont obtenu une petite victoire début novembre. Des études seront réalisées afin d’étudier la possibilité de déplacer cinq pylônes qui posent problème dans les régions de Grône et de Chippis. Un moyen de calmer la situation conflictuelle, qui dure depuis des années entre Swissgrid, la société pour l’exploitation du réseau électrique suisse, et les opposants. Un conflit qui a poussé Robert Klapisch à agir.

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Une solution d’avenir

Ce Français, qui habite en Valais depuis une vingtaine d’années, entend démontrer qu’il existe une alternative aux lignes aériennes pour transporter l’électricité. «Les gens n’habitent pas là où est produite l’énergie. Son transport est nécessaire. Mais il faut trouver les solutions les plus économiques», insiste le physicien de 85 ans. Son objectif est donc de persuader Swissgrid que la supraconductivité est la solution d’avenir.

Associé à Pierre Weill, le fondateur de l’institut de sondage Sofres, Bruno Lescœur, ancien membre du comité exécutif d’Electricité de France, et Jacques Lewiner, ancien directeur scientifique de l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, Robert Klapisch va créer une société nommée Promosupra. Cette dernière a pour but de démontrer la viabilité de la supraconductivité. «Nous souhaiterions réussir cela dans les six prochains mois», avoue le physicien. La première étape consiste à réunir les 30 millions de francs nécessaires au projet.

Un essai sur 18 kilomètres

Cet argent permettra de faire des tests, grandeur nature, en Valais. Robert Klapisch imagine un tronçon de 18 kilomètres pour réaliser ces essais. Le câble, d’un diamètre d’une trentaine de centimètres, comprend notamment le matériau supraconducteur, qui sera refroidi grâce à de l’hélium liquide. Il sera enfoui dans une tranchée, à une profondeur d’un mètre environ. «L’impact environnemental est minime et bien inférieur aux lignes à très haute tension actuelles, qu’elles soient aériennes ou enfouies», insiste Robert Klapisch.

Pour faciliter l’exercice, le physicien espère pouvoir placer son installation le long de l’autoroute A9. Il a rencontré mi-octobre Roberto Schmidt, le conseiller d’Etat chargé de l’Energie, pour évoquer ce projet. Les discussions étant toujours en cours et une deuxième séance ayant été agendée à mi-décembre, le canton ne souhaite pas évoquer le sujet actuellement.

Afin de persuader Swissgrid du bien-fondé de son projet, Robert Klapisch entend démontrer à la société chargée de l’exploitation du réseau électrique national que cette solution est financièrement intéressante pour elle. «Si les fils supraconducteurs reviennent plus cher que les câbles en cuivre, le bilan global est avantageux, argumente-t-il. Il faut prendre en compte les travaux de génie civil évités et le coût des pylônes économisé.»

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Des millions pour quelques centaines de mètres

Les projets réalisés jusqu’à aujourd’hui démontrent pourtant le contraire. Le câble de 600 mètres installé, en 2008, à New York pour alimenter 300 000 foyers de l’île de Long Island a coûté quelque 60 millions de dollars. Celui d’un kilomètre intégré au réseau électrique de la ville d’Essen en Allemagne a nécessité un investissement de 13,5 millions d’euros. Ces chiffres tendent à prouver que l’estimation de Robert Klapisch, 30 millions de francs pour un câble de 18 kilomètres, est trop faible.

«La différence réside dans le matériau utilisé pour créer le fil supraconducteur, rétorque le physicien. Jusqu’ici, les essais ont été réalisés avec des matériaux supraconducteurs à haute température, qui sont d’une génération antérieure et qui coûtent très cher.» Robert Klapisch mise, lui, sur le diborure de magnésium (MgB2) pour son projet. «Ce composé, beaucoup moins coûteux, se prête à former des câbles extrêmement fins sur des longueurs de plusieurs kilomètres», souligne-t-il.

Pour l’heure, Swissgrid n’a pas entendu parler du projet de Robert Klapisch et précise ne mener «actuellement aucune recherche sur ce sujet». La société ajoute qu’en raison «de l’encombrement réduit, la supraconductivité convient particulièrement au câblage dans les zones densément peuplées où il y a peu de place pour de nouvelles lignes, comme dans les villes.» Si elle reconnaît des avantages à cette technologie, Swissgrid avoue ne pas savoir si elle l’utilisera dans ses futurs projets.

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