Il en va de notre système de santé comme de la crise climatique: «Si nous continuons ainsi, nous allons droit dans le mur», s’est alarmé Daniel Scheidegger, le président de l’Académie suisse des sciences médicales, dans une feuille de route récemment publiée. Les primes d’assurance maladie atteignent déjà des sommets et les coûts risquent encore de s’accroître du fait du vieillissement de la population et du développement de traitements toujours plus sophistiqués.

Comment, dans ces conditions, repenser les soins pour maintenir leur qualité tout en assurant leur durabilité? Cette question était au cœur des échanges du deuxième Forum Santé organisé par Le Temps et L’Illustré, qui s’est tenu jeudi 26 septembre à l’Université de Lausanne.

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La bonne nouvelle, c’est que des solutions existent déjà, d’après l’optimiste Brigitte Rorive, directrice financière des Hôpitaux universitaires de Genève. Certains pays tels que le Danemark ou la Nouvelle-Zélande se sont en effet déjà penchés sur le problème. Un des principes découlant de ces expériences consiste à garder les personnes le plus longtemps possible éloignées des hôpitaux, en développant une meilleure offre de soins de proximité. L’objectif étant d’éviter de très coûteuses hospitalisations et d’améliorer la qualité de vie des patients.

Le système de santé actuel ne permet pas d’accorder du temps à la prévention, ni à la coordination des soins

Nicolas Senn, directeur du Département universitaire de médecine de famille à Unisanté, à Lausanne

En Suisse romande, diverses initiatives cherchent à mettre en pratique cette idée. «A Genève, un système permet de dépister les personnes présentant un risque de chutes et de mettre en place des mesures de prévention à leur domicile», indique Brigitte Rorive. Fréquentes chez les personnes âgées, les chutes entraînent chaque année 1400 décès en Suisse et multiplient par trois la probabilité d’un placement en EMS. Un autre projet romand a amené des géographes et des épidémiologistes à collaborer pour identifier les quartiers avec la plus forte prévalence d’obésité ou d’autres types de pathologies. Des informations qui permettent ensuite de mieux cibler les campagnes de prévention vers les populations les plus à risques.

Participation des patients

La prévention, justement, devra jouer un rôle de plus en plus important à l’avenir, s’accordent à dire les experts. Au fur et à mesure que la population vieillit, de plus en plus de personnes vivent avec des maladies chroniques (diabète, maladies cardiovasculaires…), et certaines cumulent plusieurs pathologies. «Or le système de santé actuel ne permet pas d’accorder du temps à la prévention, ni à la coordination des soins, indispensables pour ce type de patients», déplore Nicolas Senn, directeur du Département universitaire de médecine de famille à Unisanté, à Lausanne. Ce dernier coordonne le projet pilote Mocca, qui consiste à adjoindre un infirmier ou une infirmière à certains cabinets médicaux du canton de Vaud, afin justement de favoriser les échanges avec les patients et leur suivi.

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Pour les intervenants, il est désormais nécessaire de centrer la médecine non pas sur la maladie, mais sur les personnes, prises dans leur globalité. Ce qui implique une refonte de l’organisation des soins. Développement des traitements ambulatoires, participation des patients à leur prise en charge médicale, prévention sur la base des facteurs de risques sociaux et environnementaux ou encore amélioration des conditions de travail des professionnels de santé figurent parmi les pistes de réflexion mises en avant dans le rapport «Vers un autre système de santé», dévoilé à l’occasion du Forum et corédigé par Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue médicale suisse, et Michael Balavoine, rédacteur en chef du site et du magazine Planète Santé.

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