Solutions d’urgence pour accueillir les migrants

Asile Les cantons rouvrent des abris PC

Les arrivéesde requérants dansle canton de Vauden juin approchentle record de 1999

Après avoir afflué à la frontière de Chiasso, les requérants d’asile entrés en Suisse ces dernières semaines sont désormais répartis dans les cantons. Les uns après les autres, ceux-ci sont contraints de prendre les mesures d’urgence nécessaires pour faire face à une très importante augmentation du nombre d’arrivées liées au contexte international tendu.

Après Fribourg mardi, qui a annoncé l’ouverture de nouvelles structures d’hébergement provisoires, Vaud et Neuchâtel ont pris mercredi des décisions similaires. De son côté, le Secrétariat d’Etat aux migrations se refuse à tout alarmisme. La forte poussée des migrants à laquelle on assiste actuellement était prévisible, rappelle-t-il. Les cantons ont été informés à fin mai qu’ils devaient se préparer à augmenter leurs capacités d’hébergement à court terme. A ce stade, les structures mises en place semblent fonctionner. «Aucun canton ne nous a annoncé qu’il rencontrait de gros problèmes», indique la porte-parole du SEM, Céline Kohlprath, qui rappelle qu’un pic estival avait déjà été constaté l’an dernier.

De nouveaux chiffres tomberont ces prochains jours. Pour l’heure, le SEM ne remet pas en cause ses prévisions publiées à la mi-juin et rappelle que, si les entrées sont actuellement supérieures aux estimations, elles étaient inférieures sur les premiers mois de l’année. Pour l’ensemble de 2015, le SEM tablait sur un nombre total de quelque 29 000 requérants d’asile, avec une marge de plus ou moins 2500 demandes. Il n’excluait pas que cette estimation doive être revue à la hausse en fonction de l’augmentation du nombre de débarquements dans le sud de l’Italie. S’il est plus important que les années précédentes, ce chiffre reste loin du record de 1999, avec l’arrivée de 47 000 requérants.

294 requérants pour Vaud

Dans le canton de Vaud pourtant, avec 294 nouveaux requérants pour le seul mois de juin – contre 48 deux mois auparavant –, la situation, en termes d’arrivées mensuelles, s’apparente bel et bien à cette année record, relève Evi Kassimidis, chargée de communication de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM).

Au vu d’une situation exceptionnelle mais dont l’évolution est incertaine, le canton n’avait pas d’autre choix que de rouvrir l’abri de protection civile du Mont-sur-Lausanne tout juste un mois après avoir pris la décision de le fermer. Ainsi, 75 places supplémentaires pourront être créées. Fin mai, l’EVAM annonçait qu’il pouvait renoncer à cette structure souterraine au profit d’un foyer de séjour dans un immeuble à Lausanne. Le répit aura donc été de courte durée. D’autres abris de protection civile devraient être ouverts à court terme, prévoit l’EVAM.

Le canton de Neuchâtel, qui accueille 2,4% des demandeurs d’asile, va lui aussi rouvrir provisoirement un abri de protection civile, celui des Perveuils, dans la commune de La Tène, fermé en février dernier. Une cinquantaine de places supplémentaires, uniquement pour des hommes célibataires, seront à disposition.

A Genève, l’Hospice général (HG), qui dispose de quatre abris de protection civile – mais le recours à cette structure d’accueil est fortement contesté –, compte en ouvrir probablement un ou deux ces prochaines semaines selon le nombre d’arrivées. Aucune autre structure n’est prévue pour le moment pour accueillir les nouveaux flux. Cinq cents nouvelles arrivées sont attendues entre juillet et août, provenant pour la plupart de Syrie et d’Erythrée. Mais le nombre de départs se chiffrerait en «dizaines», indique l’HG sans pouvoir être plus précis.

Nouveau centre à Chamoson

A fin juin, le gouvernement bernois – le canton prend en charge 13,5% des demandeurs d’asile – a décidé de constituer une «réserve» supplémentaire de 500 places et fait appel à cinq communes.

En Valais, hasard du calendrier, un nouveau centre d’accueil a ouvert ses portes le 25 juin, sur les hauts du village de Chamoson. Pour l’instant, ce sont surtout des familles syriennes qui occupent cette ancienne colonie de vacances d’une capacité totale de 90 personnes. «Si on continue à recevoir 40 personnes par semaine, on devra rapidement créer de nouvelles places», relève Esther Waeber-Kalbermatten, conseillère d’Etat chargée des Affaires sociales.

Dans le Jura, il est prévu d’ouvrir durant l’été un autre centre, en Ajoie vraisemblablement. Particularité jurassienne, le canton ne recourt pas aux abris de protection civile, mais utilise le parc de logements disponibles: 180 logements sont loués pour héberger des requérants d’asile et des réfugiés. Cette stratégie est bien moins coûteuse que l’aménagement d’abris PC, affirme le directeur de l’Association jurassienne d’accueil des migrants (AJAM), Francis Charmillot. Celui-ci estime que l’afflux actuel et annoncé, «c’est du jamais vu depuis 1999 et la guerre au Kosovo». Il craint la saturation en automne, si le nombre d’arrivées se maintient ces prochains mois. Dans le canton, les arrivées mensuelles sont passées d’une dizaine en début d’année à 22 en mai et 42 en juin.