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Panteleimon Giannakopoulos, responsable médical de Curabilis à Genève. (DR)

suisse 

«Nous sommes démunis face à ces agresseurs»

Suite au drame de Saint-Gall, l’avis du psychiatre Panteleimon Giannakopoulos, responsable médical de Curabilis à Genève, sur les motivations des auteurs de ce type d’attaques

L’agression meurtrière de Saint-Gall fait suite à plusieurs autres attaques perpétrées ces dernières semaines en France et en Allemagne par des individus aux motivations parfois ambiguës. Panteleimon Giannakopoulos, responsable médical de Curabilis, établissement pénitentiaire genevois destiné aux détenus souffrant de troubles psychiques, revient sur la multiplication de ce type d’actes violents et sur le profil des agresseurs.

Lire aussi: Saint-Gall: le profil de l’assaillant se dessine


Le Temps: Le motif d’une attaque comme celle de Saint-Gall suscite des interrogations: s’agit-il d’un acte terroriste, ou du passage à l’acte d’un déséquilibré? Comment faire la différence?

Panteleimon Giannakopoulos: Par définition, un acte terroriste comprend un objectif politique et cherche à intimider une population ou un gouvernement. Parfois on observe même un terrorisme d’Etat. Il s’agit souvent d’actions relativement organisées. On peut citer les attaques de novembre dernier à Paris ou celles survenues ces dernières années dans les transports en commun de Londres et de Madrid. Mais on assiste actuellement surtout à des actes isolés, dont les motifs sont moins clairs. Dans certains cas, ils sont perpétrés par des personnes qui souffrent de pathologies psychiatriques et qui trouvent là un moyen d’affirmer leur puissance, dans un contexte de dévalorisation personnelle ou de désespoir. Ces attaques souvent désordonnées sont dénuées de fondement politique. Mais d’autres attaques se situent dans une zone grise entre terrorisme et trouble mental. Elles sont perpétrées par des assaillants qui ne sont pas suivis pour des maladies psychiques, mais qui sont tout de même fragiles: selon les cas, ils peuvent être mal insérés socialement, souffrir d’addictions ou avoir déjà été condamnés pour des agressions parfois mineures. Ces personnes sont à risque d’être attirées par les idéologies violentes et instrumentalisées par les organisations terroristes. C’est apparemment ce qui s’est passé avec l’auteur de l’attentat de Nice, qui ne possédait pas de pensée politique structurée.

- Ces violentes agressions se succèdent actuellement à un rythme soutenu en Europe. Doit-on craindre une «épidémie» d’attaques?

- A mon sens, les «vrais» actes terroristes resteront rares. En revanche, les passages à l’acte individuels sont beaucoup plus fréquents. De plus, ils sont renforcés par la forte médiatisation dont les faits divers font l’objet dans nos sociétés. Je ne serais donc étonné qu’on assiste à d’autres actes de ce type dans les semaines qui viennent. Ce qui serait vraiment inquiétant, c’est qu’ils se conjuguent à une nouvelle attaque terroriste de grande ampleur, ce qui renforcerait encore le passage à l’acte d’individus déséquilibrés, par effet boule de neige.

- Que peut-on faire pour prévenir de nouvelles attaques?

- Nous sommes malheureusement assez démunis face aux agresseurs isolés. On peut essayer de mieux détecter les signaux d’alarme chez les personnes qui font l’objet d’un suivi psychiatrique, mais il ne s’agit que d’une petite part des assaillants. Anticiper la radicalisation de personnes vulnérables mais ne relevant pas de la psychiatrie est encore plus délicat. Cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foins! D’une manière générale, pour éviter ce genre de drames, il faudrait travailler à davantage d’inclusion sociale des personnes marginalisées. Mais c’est un travail de longue haleine, qui ne donnera pas d’effet immédiat.

Lire aussi: A Genève, une figure de la psychiatrie à la rescousse de Curabilis

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