Haute-Savoie

«Nous sommes trop soumis à Genève»

Antoine Vielliard, le nouveau maire de Saint-Julien, plaide pour un rééquilibrage de la région qui passe par un urbanisme mieux contrôlé en France voisine

Il avait pour habitude de donner rendez-vous dans une brasserie. Il reçoit désormais à l’Hôtel de Ville. Antoine Vielliard est le nouveau maire de Saint-Julien-en-Genevois. Longtemps bastion socialiste, la sous-préfecture de Haute-Savoie est depuis le 30 mars entre les mains de ce jeune centriste (42 ans) qui a recueilli 49,60% des suffrages lors du second tour des élections municipales. Victoire très nette, expliquée selon lui «par une longue campagne sur le terrain où mon équipe et moi avons rencontré 70% de la population». Dans une ville de 12 000 habitants, cela fait beaucoup de mains serrées.

A peine installé, il a dû affronter une première mauvaise nouvelle. Les chiffres de la criminalité en ce début d’année sont mauvais avec une hausse des cambriolages. «Annemasse est maintenant en zone de sécurité prioritaire, avec donc un maillage policier plus serré, la délinquance se déplace naturellement chez nous. Il y a aussi de l’autre côté de la frontière l’effet Maudet aux mêmes conséquences», commente-t-il.

Antoine Vielliard, blogueur transfrontalier très prolixe, traîne derrière lui une réputation d’irréductible Gaulois, prompt à vilipender Genève «qui impose à tous les nuisances urbaines d’un développement économique qu’elle n’assume pas». Ce fut le leitmotiv de sa campagne lorsqu’il est devenu en 2011 conseiller général de Haute-Savoie.

L’argumentation a de nouveau servi pour le scrutin municipal, mais adoucie. «On me présente parfois comme un anti-Suisse, ce que je ne suis pas, se défend-il. Je suis né à Genève et j’y ai longtemps travaillé en qualité de commercial. Mais j’observe que Genève ne se soucie pas assez des conséquences de sa politique sur ses voisins et que nous sommes, de notre côté, trop dans la soumission.»

Antoine Vielliard a sans cesse dénoncé les politiques genevoises en matière de logement «qui ont chassé les habitants du canton et conduit à la paralysie des transports». Que fera-t-il dans sa nouvelle position de maire? «Je veux maîtriser notre cadre de vie. L’urbanisme doit être choisi et non subi, avec un cœur de ville convivial, des poumons verts, des artères piétonnières», répond-il.

A Saint-Julien, deux actifs sur trois travaillent à Genève et près de 600 Suisses y résident. Antoine Vielliard n’envisage pas de leur fermer la porte mais de mener une politique immobilière «raisonnable» qui forcément limitera les offres. «Plus question par exemple d’accorder un permis de construire sans voirie préalablement réalisée», indique-t-il. Il souhaite aussi s’attaquer au millier de clandestins suisses ou binationaux qui vivent à l’année à Saint-Julien dans une habitation présentée pourtant comme une résidence secondaire. «Nous les connaissons, nous avons leurs relevés de plaques d’immatriculation et de consommation d’eau», avertit-il.

Le nouveau maire regrette que Saint-Julien soit devenue une ville de passage dans laquelle 700 personnes s’installent chaque année, tandis que 600 la quittent, en raison d’un coût de la vie excessif, pour rejoindre la seconde couronne du Grand Genève. Le nécessaire rééquilibrage qu’il appelle de ses vœux pourrait cependant se faire de manière presque naturelle «car la réforme de l’assurance maladie pour les frontaliers et la votation du 9 février contre l’immigration massive sont en train de calmer le jeu». La région pourrait devenir moins attractive et il prédit «quelques soucis économiques à venir pour Genève».

Antoine Vielliard ne craint pas d’être impopulaire de l’autre côté de la frontière car il possède des amis à Genève, dans les rangs du PDC, des radicaux et des Verts, qui le remercient de défendre l’intérêt général de l’agglomération. Attaqué entre les deux tours des municipales par l’UMP, il a vu son réseau genevois inonder son blog de messages de soutien.

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