Le credo officiel du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) qui aura lieu en décembre à Genève est, tant du côté de l'ONU qu'en Suisse, une communion à trois entre les Etats, la société civile et les entreprises du secteur privé. Mais tout le monde n'entre pas dans ce triangle. Roland Grunder, qui dirige Swissmedia, l'association faîtière des entreprises de multimédia en Suisse, ne sait plus à quelle porte frapper au nom des petites et moyennes entreprises. Ce printemps, l'Office fédéral de la communication (Ofcom), maître d'œuvre pour Berne de la préparation du Sommet, a commencé une série de consultations avec les organisations non gouvernementales, les médias, les syndicats, les milieux universitaires, les entreprises privées et l'administration fédérale. «J'ai tout de suite écrit pour manifester mon intérêt à participer, mais je n'ai jamais reçu de réponse», s'indigne Roland Grunder. Complot? A l'Ofcom, Roberto Rivola rassure: «C'est une faute de notre part. Pour une quelconque raison, nous n'avons pas répondu à cette correspondance que nous avons maintenant retrouvée. Ces consultations sont ouvertes à tous.»

Le représentant des PME de la communication est maintenant invité à la prochaine consultation. Mais sa frustration ne se limite pas à ce malentendu avec l'Ofcom. Roland Grunder est également vice-président de la Fédération internationale des associations du multimédia (FIAM). Avec cette dernière, c'est au niveau du Sommet lui-même qu'il ressent une exclusion. «Parce qu'on a invité la Chambre internationale du commerce (CIC), et chez nous economiesuisse (l'organisation du patronat), on estime que le secteur privé est représenté. Pire, j'y pressens une manœuvre politique visant à défendre les privilèges des grosses entreprises membres de l'Union internationale des télécommunications», déclarait-il récemment dans Global +, une publication de la Communauté de travail des principales ONG suisses. «En octobre 2002, nous avons pourtant organisé à Montreux un Sommet sur l'Internet et le Multimédia. Nos contacts avec les organisateurs du SMSI et l'Ofcom en faisaient une rampe de lancement pour le sommet mondial», s'étonne encore Roland Grunder. «Nous revendiquons le droit d'être une ONG qui défend les intérêts du secteur privé!», clame-t-il. Théoriquement, le statut d'association sans but lucratif de la FIAM devrait en effet lui permettre d'intégrer la famille «société civile». Dans la pratique, cette dernière, embarrassée par les intérêts économiques sous-jacents, préfère qu'elle soit adoptée par la famille «secteur privé». Laquelle dit non car, formellement, c'est une association… Pour sortir de l'impasse, la FIAM pourrait devenir «membre secteur» de l'Union internationale des télécommunications (UIT), contre une cotisation annuelle à définir.

En observateur attentif des enjeux du SMSI, Michel Egger, collaborateur de la Communauté de travail, dit comprendre la frustration des PME: «Elles sont proches de la base et permettent les applications sur mesure des technologies. Mais dans le triangle Etat-société civile-entreprises spécifique à ce sommet, introduire des représentants d'intérêts privés dans la société civile entraînerait une grande confusion. Les ONG ont une vocation centrale: constituer un contre-pouvoir aux Etats et à l'économie néolibérale.»