L’UDC vise 30% de l’électorat, elle y est presque. Le premier baromètre électoral de l’année, effectué par l’institut gfs.berne pour la SSR et Le Temps, positionne les démocrates du centre à 29,8% en ce début d’année, soit 0,9 point de plus qu’en 2007. «Du jamais-vu», commente Claude Longchamp, le directeur de l’institut gfs.berne.

Dans le même temps, le Parti socialiste glisse de 19,5 à 18%, le PDC passe de 14,5% à 12,9%, les Verts de 9,6% à 8,8%. Le PLR post-fusion entre radicaux et libéraux stagne à 17,7%, alors que les deux formations nouvellement arrivées sur l’échiquier politique progressent. Le Parti vert’libéral se positionne ainsi à 5,2% et le Parti bourgeois-démocratique (PBD), né d’une scission avec l’UDC, à 2,6%.

Comment expliquer ces évolutions? Pour Claude Longchamp, la photographie réalisée auprès de 2011 personnes – dont seules les 1229 ayant clairement l’intention de voter ont été prises en compte – entre le 10 et le 22 janvier est influencée par l’actualité. En l’occurrence, on était encore sous le choc de l’acceptation de l’initiative sur le renvoi des criminels étrangers, un pur produit UDC qui a été approuvé en novembre. «Cette votation a été très mobilisatrice, elle a donné le coup d’envoi de la campagne électorale», note Claude Longchamp.

Son institut avait procédé à une première prise de température en octobre 2010. L’UDC se positionnait alors à 26,2%, le PS était à 20,1%. A ce moment-là, l’actualité était dominée par la double élection de Simonetta Sommaruga et de Johann Schneider-Ammann, ce qui a profité au PS et au PLR mais pas à l’UDC. Le recul du PS dans le baromètre de janvier trouve une autre explication dans l’adoption d’un nouveau programme politique du parti, qui a beaucoup fait parler de lui (lire ci-contre).

Cela dit, l’actualité n’explique pas tout. Claude Longchamp et son équipe constatent un authentique glissement de l’électorat à droite. Par le passé, les sondages de ce genre montraient qu’environ 35% des électeurs se situaient au centre, 30% à droite et 30% à gauche. Cela a changé. L’image de ce début d’année place 35% des personnes interrogées à droite, pour 27% au centre et 28% à gauche. «C’est aussi du jamais-vu», commente le politologue bernois.

Le glissement peut être constaté dans toutes les catégories socio-économiques. L’UDC a toujours été le parti cité en premier dans les régions rurales et parmi les personnes âgées. Depuis quelques années, il est aussi devenu populaire parmi les jeunes. Désormais, plus personne n’échappe à l’attraction exercée par Christoph Blocher et les siens. «Même les personnes à haut revenu et disposant d’un niveau de formation élevé ont tendance à glisser vers l’UDC», note l’auteur de l’enquête.

L’UDC est le premier parti dans les campagnes et les agglomérations moyennes. Dans les grandes agglomérations, le PS est encore premier, mais son avance diminue fortement. Les personnes au bénéfice d’une formation de base ou de niveau moyen votent en majorité pour l’UDC. Quant aux personnes au bénéfice d’une formation universitaire, elles accordent encore très légèrement leurs faveurs en majorité au PLR, mais l’UDC vient juste derrière.

Par catégories de revenu, l’UDC est en tête partout, sauf parmi les électeurs gagnant plus de 11 000 francs par mois, qui ont encore une infime préférence pour le PLR. Il n’y a plus de différence en revanche par tranches d’âge: toutes se laissent séduire en premier lieu par l’UDC.

Le transfert de voix du PDC et du PLR vers l’UDC s’est ainsi confirmé. Ce dernier parti continue de mobiliser de nouveaux sympathisants, comme d’ailleurs, mais dans une moindre mesure, les nouvelles formations que sont les Verts libéraux et le PBD. Ces deux partis drainent aussi d’anciens adeptes du PS et du PDC, alors que d’anciens électeurs verts et libéraux-radicaux votent désormais pour les Verts libéraux.

Si l’on considère les thèmes qui préoccupent le plus les personnes sondées, la migration et la politique vis-à-vis des étrangers viennent largement en tête (34% les placent en première ou en deuxième position de leurs préoccupations), devant la santé (19%), le chômage (16%), le filet social (16%), l’intégration européenne (13%) et l’environnement (12%). L’incidence de la votation de novembre sur le renvoi des criminels étrangers reste ainsi forte.

Si l’UDC est considérée comme le parti le mieux armé pour traiter les questions de migration, le PS est jugé le plus compétent pour la santé, les assurances sociales et le chômage. Globalement, c’est aussi le PS qui est le plus souvent cité pour régler les problèmes jugés les plus sérieux. De son côté, le PLR se voit attribuer un domaine d’excellence: les relations bilatérales avec l’UE.

Le président de ce dernier parti, Fulvio Pelli, est jugé le plus crédible. C’est l’avis de 55% des sondés. Il devance le démocrate-chrétien Christophe Darbellay (51%), le socialiste Christian Levrat (49%) et l’UDC Toni Brunner.

Les prochains baromètres, échelonnés entre avril et octobre prochains, donneront-ils une image identique? Rien n’est moins sûr. L’effet migration s’estompera peut-être, mais il est difficile de dire quel thème politique prendra le dessus. L’incertitude est d’autant plus grande qu’il n’y aura plus de votation fédérale avant les élections, précise Claude Longchamp. Dès lors, le politologue n’exclut pas que la question européenne, et avec elle celle des effets des accords de Schengen, soit le prochain thème émergent.

«Même les personnes à haut revenu et disposant d’un niveau de formation élevé ont tendance à glisser vers l’UDC»