Les personnes de 55 ans et plus se disent plus préoccupées que leurs cadets (18-34 ans). Le rapport s’inverse lorsque l’on évoque l’influence que cette crise peut avoir sur les choix politiques du 22 octobre prochain. La majorité des personnes interrogées estime que ces événements auront un impact modéré sur leur vote, 42% déclarant que ces événements pourront «un peu» les influencer. Cet impact est plus prononcé chez les plus jeunes que chez les plus âgés, 23% des premiers répondant que ces événements auront «beaucoup» d’influence, soit le même pourcentage des plus de 55 ans déclarant qu’ils n’en auront «pas du tout».
Enjeu mondial contre solution locale
Une fois établie la prédominance de la thématique climatique, vers quelle formation se tourner? La réponse est un désaveu pour l’ensemble de l’offre politique suisse. Plus d’un quart des sondés (27%) ne fait confiance à aucun des partis. La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre étant un enjeu mondial, on peut faire l’hypothèse que certains jugent vain de se déterminer au niveau national.
Fabien Fivaz n’a pas la même lecture. «Une grande majorité, 73%, choisit tout de même de faire confiance à la politique, remarque le conseiller national écologiste de La Chaux-de-Fonds. Le quart de la population qui se montre méfiante est peut-être un mélange de personnes qui sont convaincues qu’aucune solution ne viendra de la politique, quel que soit le problème. C’est le cas par exemple de certains grévistes du climat qui estiment qu’il faut changer tout le système.»
Cette défiance est bien plus marquée chez les aînés (38%) que chez les jeunes (14%). «L’optimisme diminue avec l’âge», commente sobrement Jimena Sobrino, responsable de l’enquête chez Ipsos Suisse. Cette position est également plus forte en Suisse romande (34%) qu’en Suisse alémanique (24%). Enfin, elle est genrée, la proportion de femmes défiantes étant significativement plus haute que la proportion d’hommes (32%-22%).
Un trio vert
Les sondés qui choisissent un parti font émerger le trio suivant: Les Vert·e·s (15%), l’UDC (14%) et les vert’libéraux (12%). Le PLR, le Parti socialiste et Le Centre semblent être déconsidérés sur cette question précise. Là aussi, des différences se font sentir. La Suisse alémanique est plus encline à choisir l’UDC (17%) que la Suisse romande (9%). A l’inverse, les sondés romands voient dans le PS un recours plus crédible (13%) que les alémaniques (7%). La présence d’un élu romand reconnu comme expert des questions environnementales, le Vaudois Roger Nordmann, peut-il l’expliquer? Les Vert·e·s et les vert’libéraux récoltent des points chez les personnes ayant un diplôme de niveau universitaire alors que l’UDC a les faveurs des personnes ayant suivi une formation professionnelle ou secondaire.
«La population a compris que la Suisse ne pouvait pas résoudre à elle seule les problèmes de changement climatique», réagit Marco Chiesa. Pour le président de l’UDC suisse, la question climatique lie deux thèmes sur lesquels son parti a démontré sa crédibilité. D’abord la volonté de pouvoir de nouveau investir dans le nucléaire. En cela, l’UDC bafoue la volonté populaire, puisque les Suisses ont choisi dans les urnes de s’en passer à terme. Une position que le Tessinois juge «hypocrite», la Suisse achetant à la France du courant de source nucléaire pour couvrir ses besoins. La solution du parlement – priorité à l’hydraulique et au solaire – serait «problématique»: «Il faut plusieurs milliers de terrains de foot de panneaux solaires pour couvrir les besoins notamment en Valais alors qu’il manque l’infrastructure pour véhiculer et stocker l’énergie. Et la dizaine de barrages de type Grande-Dixence qu’il faudrait construire n’est financièrement pas abordable.»
Pour Marco Chiesa, l’autre thème qui vaut à son parti ce bon classement est l’immigration, la hausse de la population repoussant l’objectif de la neutralité climatique. «La spirale d’une Suisse qui va atteindre 10 millions d’habitants empêche toute gestion raisonnable» de la question climatique, conclut-il en référence à l’initiative de durabilité lancée par son parti qui veut limiter la population suisse. Une initiative «mensongère», rétorque Fabien Fivaz, la crise climatique étant planétaire, «fermer les frontières, c’est mettre la tête dans le sable». «Les événements de cet été montrent que la Suisse est très directement touchée par le réchauffement climatique et qu’elle a une responsabilité pour elle-même», souligne le Neuchâtelois.
Enfin, les médias, «réchauffistes», traitent-ils volontairement de ce thème avec excès, comme on le lit parfois sur les réseaux sociaux? La manière avec laquelle ils abordent ces questions convient à la majorité des Suisses (56%), montre le sondage. Un quart des 18-34 ans en lirait même davantage. Un pic se fait tout de même sentir en Suisse alémanique: 27% pensent que les médias en parlent trop contre 20% seulement en Suisse romande. La majorité des sondés (58%), les plus jeunes en particulier (71%), aimerait même que cette thématique prenne une place plus importante dans le débat électoral. A 60%, c’est également l’avis des 35-54 ans.