Votations du 30 novembre

Les sondages sont à nouveau cloués au pilori

Nouveau couac pour l’institut gfs.bern. L’écart entre ses sondages et les résultats de la votation de dimanche est plus important que d’habitude

Les sondages sont à nouveau cloués au pilori

L’institut gfs.bern est à nouveau dans la tourmente en raison de l’écart entre ses sondages pour la SSR et les résultats des votations. Le politologue Claude Longchamp et son équipe tablaient sur un refus nettement moins net des initiatives sur l’or et Ecopop.

Le 19 novembre, l’nstitut gfs.bern annonçait un rejet à 56% d’Ecopop et constatait que le oui gagnait du terrain. Or, 74% des citoyens ont glissé un non dans les urnes. Soit un écart de 18 points avec les prévisions de gfs.bern. A propos de l’initiative sur l’or, le dernier sondage laissait apparaître que 47% des votants y étaient opposés (15% des électeurs étaient encore indécis), alors qu’ils ont été 77% à rejeter le texte. Le résultat de l’initiative pour l’abolition des forfaits fiscaux est plus conforme aux prévisions.

Concernant Ecopop, gfs.bern explique l’écart par la démobilisation, dans la dernière ligne droite, des partisans du oui proche de l’Union démocratique du centre. «L’UDC étant opposée à l’initiative, ses sympathisants ont finalement préféré s’abstenir et ceux qui hésitaient ont voté avec la tête plutôt qu’avec les tripes», commente Lukas Golder, membre de la direction de l’institut. Mais des leçons seront tirées de cet écart, assure-t-il. «Il n’y a pas lieu de changer de méthodologie, explique-t-il. En revanche, nous devons affiner notre analyse du comportement et de la formation de l’opinion des citoyens vis-à-vis des initiatives à fort potentiel émotionnel, comme celles qui concernent l’immigration.» Pour Lukas Golder, il faut davantage tenir compte de l’engagement ou non de l’UDC dans la bataille. «On a vu dimanche que si l’UDC ne joue pas le rôle de catalyseur visible d’une initiative, l’émotion baisse en fin de campagne.»

L’effet de l’autocensure

Reste que gfs.bern peine à mesurer le potentiel émotionnel d’un objet et le degré d’autocensure des sondés. En début d’année, l’institut annonçait une progression du oui à l’initiative «Contre l’immigration de masse», mais se gardait bien d’anticiper la victoire de l’UDC le 9 février dernier. En 2009, l’institut s’attendait à un rejet à hauteur de 53% de l’initiative anti-minarets. Or, elle a été approuvée avec 57% de oui. Après ce couac, les rédacteurs en chef de la SSR avaient décidé de suspendre les sondages dans l’attente des conclusions d’une analyse détaillée. Les élus s’en étaient également mêlés. Christoph Mörgeli (UDC/ZH), suivi par son parti, avait tenté d’interdire aux bénéficiaires d’une concession de réaliser ou de publier des sondages avant une votation ou une élection. Quant à la gauche, elle souhaitait légiférer sur la question. Le statu quo l’a finalement emporté.

Le débat reprendra-t-il? Le conseiller national Luzi Stamm (UDC/AG) est dubitatif. «Je ne crois pas aux premières explications de Claude Longchamp. L’écart est trop important, et en plus il concerne deux objets sur trois. C’est tout de même curieux, non?» Mais l’Argovien estime qu’interdire les sondages serait inutile. «Si ce n’est pas gfs.bern qui les fait pour la SSR, ce sera quelqu’un d’autre avec, peut-être, encore moins de sérieux», estime-t-il. Quant à Christian Levrat, président du PS, il épargne le sondeur. «C’est plutôt l’utilisation qui est faite des sondages qui est discutable, explique-t-il. Médias et politiques prennent pour argent comptant ce qui n’est qu’une vague indication d’une tendance et la photographie d’un état d’esprit à un moment donné.»

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