Neuchâtel

La sonnette d’alarme financière tirée à Neuchâtel

L’évaluation printanière des comptes 2016 du canton fait apparaître une grave détérioration: le déficit passerait de 14 à 74 millions. L’expérience montre que le résultat de fin d’année est moins mauvais. Autre tuile: le chef du service financier s’en va

Ce n’est pas une surprise pour qui suit l’évolution des finances du canton de Neuchâtel. Elles s’équilibrent lorsque la conjoncture est bonne (sept des dix derniers exercices ont été bouclés dans le noir); elles sont victimes de leur grande fragilité en période économique délicate.

Alors que le budget 2016 présentait un déficit de 14,4 millions, l’évaluation des comptes à fin mai laisse apparaître une perte prévue de 74,5 millions. L’écart est abyssal: 60 millions, soit près de 3% du total des recettes (un peu plus de 2 milliards). Deux causes, dont une prédominante: comme en 2015, les recettes fiscales des personnes morales sont en chute: elles avaient été planifiées à 222 millions en 2015, le canton n’a encaissé que 177 millions. Le budget 2016 tablait sur 206 millions, les services du ministre Laurent Kurth annoncent que la caisse cantonale ne percevra pas plus de 170 millions, montant comparable à celui de 2012 et supérieur à toutes les années précédentes.

L’autre raison de la dégradation se trouve dans les charges: les coûts hospitaliers et de l’asile sont plus importants que prévu. Des crédits supplémentaires sont demandés au Grand Conseil.

Neuchâtel a de quoi s’inquiéter, mais l’expérience montre que les sonnettes d’alarme tirées en été – un grand classique – ne débouchent pas forcément sur des résultats catastrophiques, ne serait-ce que parce que l’évaluation printanière est brute, sans usage d’outils de bouclement.

Ainsi, à mi-2015, l’Etat de Neuchâtel annonçait une perte de 32 millions (pour un déficit budgétaire de 11,3 millions). Finalement, les comptes 2015 ont été bouclés avec un boni de 9 millions, dont 8,9 placés dans une réserve conjoncturelle.

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Le ministre Laurent Kurth sait toutefois que les comptes 2016 resteront dans le rouge et craint une douloureuse première: que le frein à l’endettement qui interdit un déficit supérieur à 1% des recettes déterminantes (un peu moins de 20 millions) ne soit pas respecté.

Climat politique financier délétère

La dégradation qualifiée de brutale par le Conseil d’Etat à majorité de gauche, qui «se poursuivra dans les années à venir», avertit Laurent Kurth, intervient dans un climat politique neuchâtelois délétère, dès qu’il est question de finances publiques. L’adoption du budget 2016 n’était intervenue qu’après plusieurs turpitudes, qui avaient notamment vu la droite refuser d’entrer en matière.

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Ces derniers mois, la droite UDC-PLR (qui ne s’entend pas) avait mis une pression maximale sur l’exécutif en votant une motion exigeant une diminution de 8% des dépenses, soit 160 millions. Au moment de passer à l’acte, alors que le gouvernement proposait un processus moins radical, l’UDC a changé son fusil d’épaule et abandonné le «partenaire» PLR, devenu ainsi minoritaire.

Neuchâtel renouvellera ses autorités cantonales en avril 2017. De quoi crisper et polariser encore plus. L’élaboration du budget 2017 et le débat parlementaire qui suivra s’annoncent très délicats. Ce d’autant que le gouvernement à majorité socialiste estime que «la rationalisation des structures, certes nécessaire, ne suffira pas» et qu'«une politique orientée sur la stimulation des revenus […] est indispensable». La seconde étape de la réduction de la fiscalité des personnes physiques pourrait avoir du plomb dans l’aile.

Nicolas Gigandet s’en va

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, le canton de Neuchâtel va perdre l’un de ses principaux hauts fonctionnaires, le chef du service financier, Nicolas Gigandet, en place depuis huit ans, qui a choisi de réorienter sa carrière. Il aura été un trésorier remarquable, «loyal et rigoureux», dit le gouvernement, reconnu et respecté. A se demander si son départ n’est pas plus grave encore que l’annonce du déficit financier.

Laurent Kurth devra le remplacer rapidement et trouver une autre perle capable de maintenir à flot la caisse neuchâteloise. Un ministre des Finances en posture difficile, à 8 mois des élections, lui qui doit déjà conduire la controversée réforme hospitalière.

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