La révision de la loi sur l'assurance chômage est contestée par référendum. Le PS propose de la rejeter et de revenir avec un autre projet, qui maintiendra le pour-cent de solidarité et accordera aux chômeurs de plus de 50 ans une prise en charge de deux ans (520 jours). La campagne se déroule dans un climat social marqué par les décisions de La Poste et la grève dans la construction. Malgré ce contexte tendu, Pascal Couchepin soutient que la loi proposée est bonne. Interview.

Le Temps: Contrairement aux attentes, la situation économique s'est détériorée. Est-ce le bon moment de réviser la loi sur l'assurance chômage?

Pascal Couchepin: Oui, parce que cette loi est faite pour tous les temps. C'est plus dur de la faire passer dans les circonstances présentes et elle subit en quelque sorte l'épreuve du feu. Je suis choqué d'entendre dire que le moment ne serait pas opportun. On ne fait pas de la politique en trompant les gens. Pourquoi faudrait-il attendre que les circonstances extérieures soient plus favorables? Cette loi est nécessaire et convient à toutes les situations.

– La révision raccourcit la durée d'indemnisation. N'est-ce pas un recul social?

– Bien sûr que non. En Suisse, en temps normal, la durée d'indemnisation sera d'un an et demi. Si la conjoncture est mauvaise, on pourra remonter à deux ans. Pour toutes les personnes de plus de 55 ans, il n'y a pas de changement. En contrepartie de ce raccourcissement modéré, on a fait plusieurs améliorations ces dernières années. La prise en charge des personnes sans emploi est aujourd'hui plus efficace. En 1998, la durée moyenne d'indemnisation était de 249 jours. Cet automne, elle n'est plus que de 139 jours. En Allemagne, un collaborateur du service du chômage a la responsabilité de 1000 personnes. En Suisse, il n'en a que 100. L'assurance chômage n'est pas destinée à donner de l'argent sans devoir travailler. Elle doit avant tout réintégrer les chômeurs dans le marché du travail.

– Les taux de cotisation sont ramenés à leur niveau antérieur, ce qui libère un milliard de francs pour les employeurs et un autre milliard pour les salariés. Qu'attendez-vous de cette manne?

– Chacun en fera ce qu'il voudra, mais je crois que c'est bon pour l'emploi, car cela réduit le coût du travail, et pour la consommation. Chaque fois que les syndicats peuvent obtenir un progrès salarial, ils s'en réjouissent. Ici, c'est le contraire. Ils s'opposent à l'augmentation des salaires. Il y a là quelque chose qui m'échappe.

– Les syndicats ont amené une nouvelle idée: abaisser la cotisation de chômage, mais, en même temps, augmenter les prélèvements pour l'AVS afin de financer une treizième rente. Est-ce une bonne idée?

– Sûrement pas. Avant de songer à une treizième rente, occupons-nous déjà de financer les douze premières. L'AVS n'est pas menacée, mais il faut admettre que nous n'avons pas encore trouvé de solution durable pour son financement. J'ai l'impression que les syndicats ont peur de diminuer le coût du travail. Or, tous les observateurs savent que plus le travail est cher, moins il est attractif.

– Avec la révision, le pour-cent de solidarité prélevé au-dessus de 106 800 francs va disparaître. Vous auriez voulu le conserver. Pourquoi?

– Parce que c'est une source supplémentaire de revenu. Cela aurait facilité la promotion électorale de la loi. Le parlement a décidé autrement. Il n'a pas supprimé le pour-cent de solidarité. Il a dit: on le remet en service si la dette de l'assurance chômage dépasse à nouveau un certain niveau.

– La réduction de la durée d'indemnisation épargne les chômeurs âgés, mais d'autres personnes seront pénalisées, notamment dans la classe d'âge 40-55 ans…

–… Je tiens à préciser que ceux qui seront le plus touchés sont surtout des travailleurs étrangers avec un permis de courte durée. C'est une catégorie particulière.

– Faut-il comprendre que c'est une sorte d'exclusion déguisée des travailleurs étrangers du marché du travail?

– Non, non, mais on évite qu'un étranger qui quitte le marché du travail pour retourner chez lui bénéficie des prestations suisses de chômage pendant deux ans.

– Mais d'autres personnes seront aussi concernées par cette mesure.

– C'est vrai, mais ces cas restent extrêmement minoritaires. Et j'aimerais relever que c'est très différent d'un canton à l'autre en raison de systèmes sociaux différents. Ainsi, à Genève, environ 15% des chômeurs vont jusqu'à la limite maximale d'indemnisation, alors que, en moyenne nationale, ils ne sont que 7,7% dans cette situation.

– Les cantons peuvent prolonger jusqu'à 520 jours, mais ils doivent participer aux coûts. Pensez-vous vraiment qu'ils le feront?

– Ils peuvent en effet remonter à 520 jours si le chômage est élevé. A Martigny, lorsque j'étais président de commune, on a enregistré jusqu'à 11% de chômage. On n'a pas commencé à discutailler pour savoir qui allait payer. On a réuni tous les partenaires et on a cherché à résoudre le problème. Je trouve triste de se demander qui va payer plutôt que d'aider les chômeurs. C'est à eux qu'il faut penser, pas à sa caisse. Il est probable que certaines personnes relèvent de l'aide sociale plus vite que d'autres. Mais il faut s'en occuper, et tant pis si ça coûte un peu plus.

– Selon les syndicats, le rallongement de la durée de cotisation de six à douze mois risque de pénaliser les jeunes chômeurs.

– Je suis assez dur à l'égard de ceux qui commencent leur vie professionnelle en allant frapper à la porte de l'Office du chômage. Leur offrir trop facilement des prestations sociales est le pire que l'on puisse faire. Il faut les inciter à s'engager sur le marché du travail. La prolongation de la durée de cotisation était une promesse faite au moment des négociations bilatérales. Elle n'a été contestée par personne à l'époque, surtout pas par les syndicats et les socialistes qui, aujourd'hui, s'y opposent. On voulait éviter que les accords bilatéraux ne soient refusés par ceux qui avaient peur du tourisme social.

– Ce risque est-il réel?

– Je ne pense pas qu'il y aura une immigration sociale. Je n'imagine pas un Sicilien ou un Portugais venir en Suisse dans le but de profiter de notre système social. Les statistiques démontrent cependant qu'il y a davantage de travailleurs étrangers qui épuisent leur droit au chômage que de Suisses. Or, sans modification de la loi, un ressortissant de l'UE qui a un contrat de six mois aurait le droit de toucher le chômage pendant deux ans même s'il repart dans son pays. Nous demandons qu'il travaille chez nous au moins douze mois. Si nous ne prenions pas une telle mesure, il pourrait en coûter entre 150 et 400 millions de plus par an à l'assurance.

– Les syndicats disent que ces mesures ne sont pas nécessaires, car l'assurance chômage n'est plus endettée. Ils disent que vos calculs sont trop pessimistes. Que répondez-vous?

– Nos calculs reposent sur la base d'une moyenne de 100 000 chômeurs, ce qui correspond à des prévisions réalistes. Les adversaires de la loi ne peuvent pas noircir la situation lorsqu'ils veulent faire peur aux gens et l'embellir lorsque cela les arrange. Les mesures extraordinaires de financement, soit l'augmentation des taux de cotisation, vont être supprimées. Il est donc nécessaire de prévoir des compensations si l'on ne veut pas à nouveau endetter l'assurance chômage.

– Que se passe-t-il en cas de non? Les taux de cotisation retrouvent leurs anciens niveaux ou faut-il venir avec un nouveau projet?

– Nous continuerions d'avoir des difficultés, car ce pilier de notre politique sociale resterait en chantier alors que les autres piliers le sont eux aussi.

– Quels sentiments vous inspirent la grève des travailleurs de la construction lundi. Vous sentez-vous appelé à intervenir pour rétablir le dialogue?

– La grève traduit indiscutablement un malaise social. Cette situation était hélas prévisible depuis plusieurs semaines. J'ai offert ma médiation en mars 2000 pour remettre les mêmes partenaires de la branche autour de la table. J'ai signalé que c'était la dernière fois. Il appartient aux partenaires sociaux de résoudre entre eux les problèmes. Je n'ai pas l'intention de jouer à nouveau les médiateurs. On ne me l'a d'ailleurs pas demandé et il n'y a aucun indice qui aille dans ce sens.