Conseil fédéral

Le sort d'Eveline Widmer-Schlumpf est lié à la composition du Conseil des Etats

La gauche et le centre droit, favorables à la conseillère fédérale, ont 29 sièges sur 46 actuellement. Ils devraient pouvoir rester majoritaires. Mais ce sera serré

Les partis sortent déjà leur calculette. Eveline Widmer-Schlumpf également. Y aura-t-il une majorité suffisante le 9 décembre pour faire élire un second UDC au gouvernement au détriment de la conseillère fédérale du Parti bourgeois-démocratique (PBD)? Du point de vue arithmétique, cette majorité est théoriquement atteinte au Conseil national. Ensemble, l'UDC et le PLR disposent de 98 sièges, auxquels il faut ajouter les deux représentants de la Lega et celui du Mouvement citoyen genevois (MCG).

On peut bien sûr imaginer que certains libéraux-radicaux, notamment romands, apportent leur suffrage à la conseillère fédérale sortante le 9 décembre si elle sollicite un nouveau mandat. A l'inverse, il faut également considérer que des voix éparses démocrates-chrétiennes et vert'libérales profiteront au candidat ou à l'un des candidats présentés par l'UDC pour ravir ce siège si disputé.

Douze seconds tours

Il faut dès lors observer la composition finale du Conseil des Etats, qui pourrait être déterminante en vue de l'échéance du 9 décembre. Celle-ci ne sera connue qu'au terme des douze seconds tours qui s'étaleront sur le mois de novembre. Or, la situation paraît assez ouverte dans plusieurs cantons.

Actuellement, le PS, le PDC, le PBD, les Verts et les Vert'libéraux y ont une majorité de 29 sièges, a priori favorables à Eveline Widmer-Schlumpf. Mais le rapport de forces va changer. Un changement est déjà acquis: les Vert'libéraux vont disparaître de la Chambre des cantons. Le siège de l'Uranais Markus Stadler a été pris par l'UDC Beat Arnold et le PVL n'a aucune chance de conserver celui de la Zurichoise Verena Diener.

Les deux représentants des Verts sont en ballottage. Il s'agit de Luc Recordon dans le canton de Vaud et de Robert Cramer à Genève, tous deux associés à une sénatrice socialiste qui les devance au premier tour. Le PLR conteste ces deux sièges écologistes. La manœuvre peut réussir si les formations de droite s'unissent autour d'un candidat.

Lire aussi: «L'alliance PLR-UDC au coeur des marchandages romands»

Deux socialistes sérieusement menacés

Six socialistes ont déjà été élus – Daniel Jositsch à Zurich – ou réélus à Bâle-Ville, Bâle-Campagne, en Argovie, à Neuchâtel et dans le Jura. Mais six sortants sont en ballottage, dont deux sont sérieusement menacés par l'UDC: Roberto Zanetti à Soleure et Paul Rechsteiner à Saint-Gall. Sept démocrates-chrétiens sont déjà assurés de siéger au Conseil des Etats. Mais six sont en ballottage. Lee second mandat du PDC en Valais fera l'objet d'une lutte serrée contre l'UDC lors du deuxième tour, agendé au 1er novembre.

A priori, la gauche et le centre droit devraient être en mesure de maintenir la majorité qu'ils détiennent au Conseil des Etats, ce qui contre-balancerait la nouvelle physionomie du Conseil national. Mais ce sera serré dans plusieurs cantons. Des sièges libéraux-radicaux sont d'ailleurs menacés par l'UDC et par la Lega.

Philipp Müller devancé, Fabio Abate concurrencé

En Argovie, le président du PLR suisse, Philipp Müller, a été clairement devancé par l'UDC Hansjörg Knecht, dont le dossier de candidature pour le Conseil fédéral est l'un des dix qui ont été transmis à la commission nationale de sélection. «Je n'ai pas fait campagne», rappelle cependant Philipp Müller. Il s'était volontairement mis en réserve en raison du grave accident de circulation qu'il a provoqué en septembre. Mais il reste confiant et promet de se battre pour le second tour car il estime que la quarantaine électorale qu'il s'était imposée est échue. Au Tessin, le sénateur sortant Fabio Abate est menacé par le léguiste Battista Ghiggia.

Il faudra attendre le 22 novembre, date des seconds rounds à Zurich et en Argovie, pour avoir un tableau complet des rapports de forces à l'Assemblée fédérale et jauger plus précisément les chances d'Eveline Widmer-Schlumpf au cas où elle solliciterait un troisième mandat. Pour mémoire, Eveline Widmer-Schlumpf avait été élue par 125 voix lors du putsch anti-Blocher de 2007 et reconduite par 131 voix en 2011. Mais plusieurs de ses soutiens ne seront plus là le 9 décembre.

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