Il pourrait n’y avoir qu’un seul thème de votation fédérale en 2011: l’initiative populaire sur les armes, sur laquelle peuple et cantons s’expriment le 13 février. Faute de référendum et d’initiative prête à passer devant le peuple, le scrutin suivant, fixé au 15 mai, pourrait être annulé. Et, en raison des élections fédérales de l’automne, la dernière date prévue, le 27 novembre, ne sera vraisemblablement pas utilisée.

Un seul vote fédéral sur l’ensemble d’une année: un tel événement ne s’est pas produit depuis 1967! Pourtant, cette année, un triple scrutin cantonal aura valeur de test national. Trois cantons doivent en effet voter sur le nucléaire. Berne ouvre les feux le 13 février, le Jura suivra le 27 mars ou éventuellement le 15 mai, et les Vaudois s’exprimeront aussi dans le courant du printemps.

Tous les cantons sont invités à prendre position dans le cadre de la procédure d’autorisation générale de renouvellement des trois centrales nucléaires de Beznau (AG), Gösgen (SO) et Mühleberg (BE) d’ici à fin mars. Or, Berne, le Jura et Vaud vont consulter leur population sur ce sujet. Le 13 février, la population bernoise donne son avis sur un arrêté du Grand Conseil favorable au remplacement de Mühleberg.

Le sujet est si controversé qu’il a été décidé de soumettre cet arrêté au peuple. Si le Grand Conseil a approuvé la poursuite de l’approvisionnement énergétique nucléaire par 91 voix contre 53 et 7 abstentions, une forte minorité de gauche ainsi que le gouvernement cantonal (Conseil-exécutif à majorité rose-verte) s’y opposent.

Mais le résultat du scrutin du 13 février n’aura qu’une valeur consultative. La Confédération ne sera pas obligée de tenir compte de l’avis exprimé par le canton, que celui-ci soit positif ou négatif. Elle pourra poursuivre sa stratégie de renouvellement des centrales même si la population bernoise dit non. En revanche, tous les observateurs s’accordent pour dire que le résultat bernois scellera le sort de la centrale de Mühleberg.

Trois demandes ont été déposées à l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) pour remplacer les trois centrales existantes. Le Conseil fédéral prendra une décision en 2012. Il pourra théoriquement choisir de construire une, deux ou trois nouvelles centrales atomiques. Or, les groupes Axpo, Alpiq et FMB (Forces motrices bernoises) se sont entendus juste avant Noël (LT du 24.12.10) pour construire deux nouvelles centrales et non trois. L’un des projets passera ainsi à la trappe.

C’est là que le résultat du scrutin bernois aura une influence. Un vote négatif compromettrait les chances des FMB de construire une nouvelle usine à Mühleberg pour remplacer le complexe existant, qui a été mis en service en 1972 au fond de la vallée de l’Aar et arrivera en fin de vie vers 2020.

Les deux autres votations auront lieu dans les cantons du Jura et de Vaud, où la consultation populaire sera quadruple. Le Conseil d’Etat a en effet décidé en novembre de soumettre à sa population les demandes d’autorisation des trois projets de centrales nucléaires ainsi que le plan sectoriel d’entreposage des déchets radioactifs. La Constitution cantonale prévoit en effet une telle procédure. La date du vote n’est pas encore fixée. Le Conseil d’Etat a demandé une prolongation de délai à la ministre de l’Energie, Doris Leuthard, mais il n’est pas impossible que le scrutin puisse quand même être organisé avant fin mars.

Bien que consultatifs, ces trois scrutins seront observés de près par les partisans et les ennemis du nucléaire, tout comme la votation du 13 février des Nidwaldiens, qui doivent dire si le site de Wellenberg peut, le cas échéant, servir de site d’entreposage des déchets radioactifs. «L’ensemble de ces votes donnera une indication importante sur le plan national», note le conseiller national Christian Van Singer (Verts/VD), vice-président de l’Alliance «Non au nucléaire», qui rappelle que la population du pays sera appelée à s’exprimer de manière officielle à fin 2013.

Il se montre prudent sur le vote bernois. «Les opposants ont la partie difficile, car les FMB sont une institution très fortement appréciée dans le canton de Berne. Il est difficile d’aller contre leur mot d’ordre, notamment parce que le nucléaire rapporte de l’argent au canton et aux communes», commente le Vaudois.