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Le complexe de Jardin City, à Pully.

Logement

Le sort de Jardin City est entre les mains des juges fédéraux

A Pully, les derniers habitants d’un ensemble modèle des années trente se battent contre le plus grand propriétaire de Suisse

Avant de se prononcer sur le fond, le Tribunal fédéral (TF) vient d’accorder l’effet suspensif. Ce qui donne aux habitants de Jardin City, à Pully, un nouveau sursis de quelques mois, le dernier peut-être. Depuis six ans, les occupants de cet ensemble modèle des années trente résistent à leur expulsion.

L’histoire des immeubles, la durée et l’âpreté du conflit, le fait qu’il oppose un petit groupe de locataires déterminés à l’assurance Swiss Life, qui passe pour le plus grand propriétaire foncier de Suisse: tous ces éléments en font un cas emblématique dans la problématique de la densification.

Construit entre 1933 et 1936, à la sortie de la dépression, Jardin City illustre, en petit, un modèle urbanistique à la mode. Nées en Angleterre à la fin du 19e siècle, les cités-jardins veulent réconcilier ville et campagne et offrir un cadre de vie convivial. Dans nombre de villes d’Europe, elles vont donner un label vert plus ou moins mérité à des cités ouvrières.

Signé par l’architecte Robert Longchamp, la réalisation de Pully était modeste en taille. Dans cette banlieue favorisée de Lausanne, où le roi de Thaïlande avait une maison, elle offre alors une vingtaine de logements de bon standing. Elle n’en suscite pas moins d’emblée la polémique: les propriétaires des villas voisines protestent contre l’intrusion dans leur monde de cet ensemble locatif.

Une cité-jardin sans jardin?

Deux immeubles de belle tenue séparés par une cour offrent des logements aussi généreux en espace que le jardin commun qui complète le tout. Ce jardin, qui donne son nom à l’ensemble et compensait à l’origine une dérogation sur le volume constructible, est condamné aujourd’hui par le propriétaire. Il doit faire la place à un troisième bâtiment, avec huit logements. Les locataires des deux immeubles existants ont reçu leur lettre de résiliation en 2010, motivée par les travaux importants à réaliser pour moderniser Jardin City.

Zdenek Kucera est depuis six ans la cheville ouvrière de la contestation. Il est né à Prague, dans une famille qui compte des maires et des architectes et qui a aussi des liens très anciens avec la région lémanique. Designer commercial à la retraite, il a fondé et préside l’Association Jardin City. A Pully, il est connu comme empêcheur de tourner en rond, depuis qu’il s’est lancé au secours d’un autre patrimoine menacé, celui des villas 1900.

«Une densification qui n’en est pas une»

Cette fois, il est directement concerné: il occupe un appartement de cinq pièces au 2ème étage de Jardin City. Il proteste quand on lui demande s’il ne défend pas d’abord sa vue sur le lac, qui serait compromise par la construction nouvelle. Il brandit le Prix de l’éthique qui lui a été décerné, pour ce combat, par la Haute école ingénieurs du canton de Vaud.

«Nous avions une petite communauté bien mélangée, raconte-t-il. Il y avait de la vie, on faisant des fêtes dans le jardin. Maintenant, il reste surtout les plus anciens, qui sont aussi les plus déterminés. Nous voulons qu’ils puissent rester chez eux.»

Il y a encore sur place une dizaine de locataires, certains octogénaires, qui recourent TF. Les autres se sont résignés, sont partis. De nouveaux venus au bénéfice d’un bail à durée déterminée ont été chassés à l’échéance. Nombre d’appartements sont vides, le jardin silencieux.

«Même avec le nouvel immeuble, il n’y a aura pas plus de logements qu’avant», calcule Zdenek Kucera. Les anciennes chambres de bonne, louées à l’unité, seront remplacées par de petits appartements sous les combles. Il n’y a donc pas de densification et les travaux sont «un prétexte pour remplacer les actuels locataires par d’autres garantissant un meilleur rendement.» Swiss Life a épinglé dans une correspondance le niveau des loyers «particulièrement bas pour la région.» Zdenek Kucera, qui vit dans l’immeuble depuis 2004, paie 1990 francs sans les charges pour son cinq pièces. D’autres ont des loyers beaucoup plus anciens.

«Swiss Life devrait montrer l’exemple»

La commune a donné son accord à la transformation de Jardin City. Le canton de Vaud aussi, tout en imposant pour dix ans le contrôle des loyers après une rénovation importante. Au recensement cantonal, Jardin City figure avec la note 3, ce qui en fait un bâtiment d’intérêt méritant d’être conservé à l’échelle locale.

Les locataires récalcitrants se battent sur deux plans. Les travaux envisagés n’imposant pas à leurs yeux l’évacuation d’immeubles rénovés à la fin des années 1980, ils nient la légalité des résiliations. Ils ont attaqué par ailleurs le permis de construire du 3ème bâtiment, dont le volume serait excessif. Ils contestent la justice vaudoise, qui a admis les congés alors que le TF ne s’est pas encore prononcé sur le permis de construire.

L’avocat Yvan Henzer, qui défend les locataires de Jardin City, souligne «la brutalité des congés» auxquels ceux-ci ont été confrontés. «Ils n’ont jamais été associés au projet, ni soutenus pour retrouver un logement ou réintégrer les lieux une fois rénovés. Si tous les bailleurs agissaient ainsi, cela entraînerait des confits sociaux considérables. Par sa position sur le marché du logement, Swiss Life devrait montrer l’exemple, ce qu’elle ne fait pas.»

Swiss Life a répondu à nos questions par les réponses stéréotypées de son service de presse. L’assurance ne s’exprime ni sur le conflit avec les locataires ni sur les montants des loyers actuels et futurs. «Les investissements immobiliers sont une importante forme de placement, écrit-elle. Cela implique de développer durablement nos immeubles pour assurer de futurs revenus, au bénéfice de nos assurés, comme nous le faisons partout en Suisse avec notre portefeuille.»


Vaud désavoué sur le Châtelet

Le TF vient à la rescousse des habitants de Pully qui réclament le classement du Châtelet, une villa Belle Epoque à tourelle. Admettant le recours d’une voisine, il impose à la justice vaudoise de reprendre le dossier, a appris Le Temps.

Le canton avait procédé in extremis au classement de cette villa, que son propriétaire et occupant souhaite détruire pour construire à la place des appartements de standing. Mais le Tribunal cantonal avait refusé le classement, se fondant sur le caractère lacunaire du dossier fourni par l’administration, sans chercher à le compléter.

Les juges fédéraux donnent raison à la voisine recourante, «arbitrairement privée des moyens de preuve susceptibles de confirmer l’intérêt patrimonial du Châtelet, central dans la pesée d’intérêts». La justice vaudoise doit statuer à nouveau, après avoir notamment pris en compte un dossier photographique et un avis d’expert fournis par la voisine.

Tandis que la démolition de la maison de maître est compromise, la construction d’un autre immeuble d’appartements sur le reste de la propriété est en cours.

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