Président de la Commission de contrôle de gestion (CCG) du Grand Conseil, Christo Ivanov ne manque pas de fiel à l’encontre du conseiller d’Etat Pierre Maudet. L’élu UDC reproche au magistrat de la Sécurité de «torpiller» le travail de sa sous-commission chargée d’enquêter sur la manifestation sauvage du 19 décembre 2015. Le député fustige la «précipitation» de l’édile à vouloir régler le sort du numéro deux de la police genevoise en lui proposant de démissionner ou d’être rétrogradé. Et ce, avant même que les conclusions du rapport parlementaire ne soient dévoilées après l’été. A première vue, de tels reproches pourraient apparaître comme légitimes. En effet, à quoi bon s’évertuer à faire la lumière sur cet événement alors que le gouvernement a déjà désigné un coupable, Christian Cudré-Mauroux? Cette conclusion résiste malheureusement mal aux faits.

D’abord, le mandat attribué à la sous-commission ne consiste pas à se substituer à la justice administrative, mais bien de décortiquer l’événement (sa chronologie, ses acteurs) et de mettre en lumière, le cas échéant, d’éventuelles failles dans les processus policiers ou politiques. S’agissant de la responsabilité du numéro deux de la police, c’est à l’enquête administrative – toujours en cours – d’y répondre, et à l’intéressé de saisir les tribunaux s’il s’estimait injustement accablé.

Ensuite, l’investigation menée par les députés et l’enquête ouverte par le Département de la sécurité demeurent deux objets distincts. Jusqu’à preuve du contraire, et à titre d’analogie, la sanction infligée à la directrice de La Pâquerette dans l’affaire Adeline, n’a pas empêché la commission d’enquête parlementaire de travailler. Certes, des députés peuvent reprocher à Pierre Maudet de perturber leur travail. Mais que diraient-ils alors si ce même magistrat venait à se plier devant les injonctions du législatif? Probablement que la séparation des pouvoirs aurait été bafouée. Ils auraient raison.