La sortie indécise du nucléaire

Electricité Le Conseil national s’empare du tournant énergétique

A part Mühleberg, le calendrierde fermeturedes centralesn’est pas défini

L’énergie hydraulique estl’un des piliers de la nouvelle stratégie

Quand la Suisse aura-t-elle définitivement tourné le dos au nucléaire? A la veille d’un débat fleuve sur la Stratégie énergétique 2050, cette question reste sans réponse.

L’élan antinucléaire provoqué par la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, semble s’être essoufflé. La volonté de remplacer cette ressource par des agents renouvelables demeure. Elle est le fil conducteur de la stratégie dont débattra le Conseil national durant cinq jours. Elle s’appuie sur le constat, implacable, qu’aucune nouvelle centrale nucléaire n’a la moindre chance d’être construite en Suisse, quelle que soit la technologie utilisée. Mais dans quels délais les cinq usines existantes seront-elles débranchées et à quel rythme leur production sera-t-elle remplacée par d’autres ressources? Difficile de répondre.

Le sort de Mühleberg, en service depuis 1972, est réglé. Les Forces motrices bernoises (BKW) ont annoncé que la production s’arrêterait en 2019, après 47 ans d’activité. Et les quatre autres réacteurs? Jusqu’à quand fourniront-ils de l’électricité? Construite en 1969, Beznau I est la plus vieille centrale nucléaire encore en service dans le monde. Sa jumelle, Beznau II, a été inaugurée deux ans plus tard, sur la même île plantée au milieu de l’Aar. Les deux autres sont plus récentes: Gösgen date de 1979 et Leibstadt de 1984.

L’initiative populaire des Verts «Sortir du nucléaire», qui sera traitée parallèlement à la Stratégie énergétique 2050, exige l’arrêt de la production d’énergie atomique après 45 ans d’activité. Concrètement, Beznau I et II devraient mettre la clé sous la porte avant la fin de la décennie, Gösgen au plus tard en 2024 et Leibstadt en 2029. L’Alliance environnement adopte une position encore plus radicale. «Les centrales ont été construites pour une durée de vie de 40 ans. Comme elles se fragilisent en vieillissant, 40 ans suffisent», martèle Sabine von Stockar, au nom de l’alliance.

L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) nuance cette appréciation. Dans un récent avis, elle reconnaît en effet que «les centrales nucléaires suisses ont été construites de sorte qu’elles puissent au minimum être exploitées pendant 40 ans». Toutefois, souligne l’IFSN, «des hypothèses très prudentes, conservatrices, ont alors été choisies» afin que «la sécurité soit au minimum garantie pendant 40 ans. Entre-temps, la robustesse des installations et le développement des processus de vieillissement des matériaux ont pu être observés sur de nombreuses années».

L’IFSN estime désormais que «rien ne s’oppose d’un point de vue purement technique à une exploitation jusqu’à 60 ans». Or, la loi en vigueur ne fixe aucune date limite. Seule la sécurité est déterminante. Toutefois, depuis Fukushima, l’IFSN juge nécessaire d’exiger des propriétaires le dépôt de concepts d’exploitation à long terme. Ces documents doivent inclure la durée d’exploitation prévue, un plan d’investissement et de rééquipement, une planification du personnel.

La Commission de l’énergie du Conseil national a repris cette exigence à son compte et l’a glissée dans la Stratégie énergétique 2050. Elle attend des exploitants que, deux ans avant la quarantième et la cinquantième années d’activité, ils déposent auprès de l’IFSN une demande de prolongation de dix ans. Théoriquement, une centrale pourrait ainsi poursuivre ses activités de dix ans en dix ans, même au-delà de 60 ans. Mais c’est très controversé.

Cette disposition a une conséquence de taille: si une centrale ferme ses portes parce que son concept d’exploitation décennal n’a pas été approuvé par l’IFSN, son propriétaire ne pourra pas demander d’être indemnisé pour ses investissements non amortis.

Si cette clause est avalisée par le parlement, quelles seront les conséquences pour les centrales concernées? En principe, pour autant que la nouvelle loi soit en vigueur à cette date, un concept d’exploitation pour une décennie supplémentaire devrait être déposé en 2017 pour Gösgen et Beznau I, en 2019 pour Beznau II et en 2022 pour Leibstadt.

Sabine von Stockar n’est pas opposée à cette procédure, à condition qu’on interdise aux plus vieilles installations (Beznau I et II) d’aller au-delà de 50 ans. Du côté des exploitants, c’est la grogne. Dans une tribune publiée dans la NZZ , Andrew Walo, directeur général d’Axpo (propriétaire de Beznau et actionnaire principal de Gösgen et Leibstadt avec Alpiq), parle de «cheval de Troie». «Le concept d’exploitation à long terme est un programme déguisé d’abandon du nucléaire. Il limite de facto la durée d’exploitation. Pour des raisons économiques, il contraint les exploitants à ne faire que les investissements amortissables en dix ans», critique-t-il. Cela exclut selon lui certains renouvellements importants, tels que les systèmes autonomes d’alimentation de secours et les couvercles des cuves de pression des réacteurs.

Ce sera l’un des points les plus débattus de la Stratégie énergétique 2050.

Si un concept d’exploitation pourune période de dix ans est refusé, le droitaux indemnités tombe