Comme si c’était l’événement le plus important de leur vie, les conseillers fédéraux s’ingénient à réussir leur sortie. Il s’agit de sentir le bon moment, de créer la surprise, de déjouer les pronostics. Pascal Couchepin a particulièrement soigné et mieux réussi que d’autres avant lui.

On sentait depuis plusieurs semaines que l’annonce de la fin était proche. Les rumeurs ne circulent jamais sans avoir quelque fondement, et le discours que le ministre de la Santé a tenu mercredi lors du débat urgent au Conseil national a été interprété comme une sorte de bilan politique à connotation testamentaire.

Le Valaisan mûrissait son plan depuis l’an dernier. «Ma décision était prise depuis longtemps. Je vous rappelle que j’avais dit que je ne ferais qu’une partie de la législature. Mais la décision du mois est plus récente», confiait-il vendredi matin aux journalistes, une heure trente après avoir transmis sa lettre de démission à la présidente de l’Assemblée fédérale, Chiara Simoneschi, qui l’a lue au Conseil national à 8 heures du matin. Encore fallait-il adapter le timing aux dossiers politiques en cours, en particulier le vote difficile sur la hausse de la TVA pour assainir l’assurance invalidité.

Pascal Couchepin avait annoncé dès la mi-mai qu’il conduirait cette campagne. Il était dès lors clair que son départ du gouvernement interviendrait après le 27 septembre. Ce sera même le 31 octobre, car, comme l’a expliqué le Valaisan, il veut encore être là au moment de l’annonce de la hausse des primes pour 2010, ­début octobre, et espère «aller au bout des dispositions urgentes» destinées à freiner les coûts de la santé.

Ce qu’il restait à définir, c’était la date de l’annonce du départ du Valaisan. Après les vacances d’été? Ou encore avant? Dans un cas comme dans l’autre, il lui était difficile de faire coïncider l’annonce de sa démission avec une séance ordinaire du gouvernement, comme c’est la tradition depuis plusieurs années. Il a par conséquent invoqué l’«ancien usage», qui voulait que les conseillers fédéraux remettent leur démission au président de l’Assemblée fédérale le dernier jour d’une session parlementaire. Les dernières péripéties intervenues à propos du vote sur la TVA lui ont servi son scénario sur un plateau, puisque le ministre était attendu vendredi matin au Conseil national.

Cela lui a permis de concrétiser un plan mis au point depuis longtemps. Comme il l’a confié vendredi, «une trentaine de personnes» étaient au courant». Et tout était prêt vendredi: le certificat de travail dithyrambique rédigé par son département, l’argumentaire du Parti libéral-radical pour justifier son droit à conserver le siège du Valaisan. A part les inévitables rumeurs, rien n’a vraiment filtré avant jeudi soir tard, lorsque le cercle des personnes informées a commencé à s’élargir.

L’histoire retiendra sans doute que la démission de Pascal Couchepin, après onze ans passés au pouvoir, aura été particulièrement bien préparée. Le Valaisan a d’abord cherché à ne pas s’en aller seul afin de permettre l’une ou l’autre rocade de départements. Il s’est peut-être senti obligé de tenter une telle démarche dans la mesure où c’est sous son impulsion et sa présidence que fut enterrée, 2008, la réforme du gouvernement. Mais il n’a pas trouvé de partenaire. Son calendrier n’a pas pu être juxtaposé à celui de Samuel Schmid ou celui de Moritz Leuenberger.

Samuel Schmid, puisqu’on évoque son nom, a quitté le gouvernement de manière moins élaborée. Alors que Pascal Couchepin mettait sa stratégie au point depuis de longs mois et laisse trois mois à son parti pour lui trouver un successeur, Samuel Schmid avait annoncé sa démission quatre courtes semaines avant l’élection d’Ueli Maurer. Mais il n’a pas pour autant pris sa décision sur un coup de tête. Il était sous la pression de son parti depuis de longs mois et il a cherché pendant plusieurs semaines la date adéquate pour annoncer son retrait du gouvernement.

Il a fini par choisir la toute dernière échéance possible, contrairement à Pascal Couchepin, qui aurait encore eu d’autres possibilités. Mais le Valaisan a visiblement voulu contraster avec ses prédécesseurs en démissionnant le dernier jour de la session d’été. Cela lui a valu de chauds applaudissements vendredi matin, lui permettant au passage de lancer un appel au respect mutuel.

«Je crois que les politiciens ne doivent pas avoir honte de montrer de temps en temps que, au-delà de la défense des idées, au-delà des conflits normaux et nécessaires, il naît entre eux avec le temps une certaine amitié, un certain respect qui ne doit rien au copinage ou à quelque chose de négatif, mais qui naît parce que nous savons que faire de la politique, c’est risquer quelque chose pour le bien du pays.»

De quoi son avenir sera-t-il fait? «De la cueillette et de la mise en conserve des cerises, qui sont mûres, du baptême de mon petit-fils, des festivités du nouveau prévôt du Saint-Bernard, qui est un ami», a-t-il énuméré vendredi pour détailler ses activités du week-end.

Et plus tard? «Il y aura toujours des enfants, des livres et des cerises. J’ai certaines choses en préparation, qui me procureront du plaisir intellectuel», a-t-il ajouté, sans en dire plus. Le président de l’EPFL, Patrick Aebischer, qui s’exprimait vendredi soir sur la Radio suisse romande, pourrait l’imaginer expliquer le fonctionnement de la Suisse aux étudiants étrangers avec un titre de professeur invité extraordinaire.