Regard

Souffle renouvelé au gouvernement du Jura

L’automne 2015 constituera une fin de cycle politique dans le Jura, comme a pu l’être 2004 lorsque les ministres pionniers François Lachat, Pierre Boillat et Jean-Pierre Beuret s’en sont allés, ou 2006 avec les retraits de Jean-François Roth, Claude Hêche et Gérald Schaller. Au 31 décembre prochain, au moins trois des cinq conseillers d’Etat tireront leur révérence: la socialiste Elisabeth Baume-Schneider après trois mandats (la limite permise par la Constitution), le PLR Michel Probst (poussé vers la sortie par son parti) et le PDC Philippe Receveur, qui a surpris son monde, mardi soir, en annonçant qu’il renonçait à briguer un troisième mandat. Les intentions du PDC Charles Juillard et du socialiste Michel Thentz ne sont pas encore connues.

Ces départs en cascade, auxquels on peut ajouter celui du maire PDC de Delémont Pierre Kohler, trahiraient-ils un malaise jurassien? Ou de la lassitude, voire des échecs, collectifs et personnels? C’est plutôt une impression inverse qui domine. Le Conseil d’Etat, emmené par le duo Baume-Schneider – Juillard, apparaît comme une équipe soudée et travailleuse. A Delémont, en bonne harmonie avec le gouvernement cantonal, Pierre Kohler a multiplié les chantiers d’importance.

A n’en pas douter, ces futurs ex-magistrats, jeunes quinquagénaires sur le départ, ne manqueront pas d’insister sur leurs bilans positifs. Ils auront en partie raison. Mais en partie seulement, car il manque au Jura de 2015 et des prochaines années, bientôt connecté au réseau autoroutier suisse et européen avec l’achèvement – enfin – de la Transjurane, une véritable vision pour son développement.

Le dernier-né des cantons reste sur un échec majeur, celui de la réunification. En novembre 2013, le Jura bernois a dit un «non» sec et définitif à un destin commun avec le Jura, seule la ville de Moutier manifestant de l’intérêt. Trop longtemps, le Jura s’est brimé avec l’obsolète Question jurassienne. Son arrimage à l’agglomération bâloise est trop timide. Sa mono-économie industrielle et horlogère souffre d’un manque de diversification et d’audace. Les structures institutionnelles internes, encore trop morcelées, entretiennent le conservatisme. Le gouvernement sortant porte sa part de responsabilité.

En 2015 et ces prochaines années, ce d’autant qu’il a réussi avec brio l’exercice Optima qui rabote de 5% ses dépenses budgétaires, le Jura a besoin d’un souffle politique nouveau.

Alors, le large renouvellement annoncé du gouvernement constitue une opportunité à saisir. Par les partis politiques et la population. Pour prendre de la hauteur, «lever le nez du guidon» comme le réclamait déjà au début des années 2000 Jean-François Roth, dépasser la gestion du quotidien et fixer les priorités susceptibles de permettre au Jura de prendre son envol. L’élection de l’automne prochain n’en sera que plus excitante.